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travaux de la place Louis XV et du Panthéon, et qui vit se doubler et se tripler ces devis, sans pouvoir achever ces travaux. Mais à la Madeleine, quand les échafaudages intérieurs eurent été enlevés, on reconnut que ce vide immense devait être interrompu par des groupes de marbre, dont les premiers modèles coûtèrent seuls 175,000 francs. Cet édifice colossal manquait de portes, les portes n’avaient pas été prévues ; on se souvint des merveilleuses portes de bronze de Ghiberti, qu’on admire au Baptistère de Florence, et un de nos artistes les plus habiles, M. Triquetti, fut chargé de faire des portes, non pas semblables, mais d’un effet pareil, immense composition chargée de milliers de figures, qui terminera dignement l’église de la Madeleine. Ce travail a coûté 178,000 francs sans le bronze. Fallait-il donc ajourner et chasser de la Madeleine les sculpteurs et les modeleurs, comme M. Jaubert voudrait qu’on chassât les peintres et les doreurs de l’hôtel du quai d’Orsay ?

Le Musée de l’école des Beaux-Arts est une idée ingénieuse, utile, et cet établissement sera unique en Europe. Il est à peu près terminé. L’ancienne église des Petits-Augustins, qui tombait en ruine, a été relevée par M. Duban. La façade est un des plus beaux monumens de la renaissance ; c’est l’antique façade du château d’Anet ; la restauration de ses dorures et de ses sculptures de marbre est achevée, et les salles du rez-de-chaussée sont préparées pour recevoir les plâtres moulés de tous les chefs-d’œuvre de sculpture du monde entier, entre autres la collection complète des métodes du Parthénon, qu’on moule en ce moment à Londres dans le musée Elgin. Au moment où M. Thiers quitta le ministère de l’intérieur, il négociait auprès de M. de Metternich pour obtenir des copies en plâtre des fameux bas-reliefs du tombeau de Maximilien à Inspruck, qui n’ont jamais été moulés, et qui sont le chef-d’œuvre du moyen-âge, comme les figures de Phidias, près desquelles ils doivent prendre place, sont les chefs-d’œuvre de l’antiquité. A Florence, on moule, pour le Musée, la Pietà, le Moïse et le Bacchus de Michel-Ange. M. Sigalon, envoyé depuis trois ans à Rome, rapportera une admirable copie des fresques de la chapelle Sixtine. Est-il bien possible de fixer arithmétiquement le chiffre de tous ces ouvrages ?

En fait de travaux publics et de beaux-arts, M. Thiers, il faut le dire, a tenu plus qu’il n’avait promis ; et c’est un bien mauvais terrain que celui-ci pour lui faire la guerre. Quant à nous, sur celui-là, nous le soutiendrons volontiers, et nous l’engageons à mener ceux de ses adversaires qui sont de bonne foi, et qui ne cachent pas au fond de toutes ces questions de peinture et de dorure d’autres pensées, à la Madeleine, au Panthéon, au quai d’Orsay, à la barrière de l’Étoile, au Jardin-des-Plantes, au Collège de France, et à leur montrer ici un temple d’une beauté inouie, qui sera unique dans le monde, même après Saint-Pierre ; là d’admirables fresques ; plus loin des galeries de marbre, des salles immenses, des constructions dignes d’une capitale telle que Paris ; ailleurs des serres et des établissemens scientifiques qui surpassent tout ce que la magnificence anglaise a produit récemment ; puis enfin, à faire tomber devant eux les toiles qui couvrent l’arc des Champs-Elysées, et à leur montrer achevé, élevé sur de meilleurs plans, enrichi de cent chefs-d’œuvre,