Page:Revue des Deux Mondes - 1838 - tome 14.djvu/727

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pouvait, en quelque sorte, sommer la France, au nom de cette convention, de s’employer à faire évacuer, par la Belgique, la partie du Luxembourg et celle du Limbourg qui reviennent au roi de Hollande, par le traité du 15 novembre. Ceci prouve encore que les négociations tourneraient très mal pour la Belgique, si elles s’engageaient sur la question du territoire et sur l’impossibilité d’exécuter, sur ce point, les traités ; car non-seulement la France est garant des traités, mais elle est tenue de les faire exécuter par la force même s’il le fallait ; et ce que la France s’est engagée d’honneur à faire, ne doit jamais trouver d’impossibilité.

On dira, comme on l’a déjà fait, que le Limbourg compte dans le cabinet belge trois ministres, pris dans ses habitans, que le Luxembourg et le Limbourg ont envoyé des députés aux chambres belges, et que l’Europe n’a pas protesté. L’Europe n’a rien à voir aux affaires intérieures de la Belgique ; ce n’est pas à elle d’exclure les représentans des chambres belges. Tant que le roi de Hollande n’avait pas accédé au traité, l’abandon provisoire de ces provinces à la Belgique lui permettait de les administrer comme elle l’entendait. La Belgique elle-même, qui a eu autrefois ses représentans dans nos assemblées, n’a pas moins été séparée depuis de la France. De tels actes n’ont aucune valeur politique extérieure, et c’est d’une question extérieure qu’il s’agit ici pour la Belgique. Il y a mieux, c’est que la ratification du traité du 15 novembre a été, si nous ne nous trompons, signée par un de ces ministres limbourgeois ou luxembourgeois. Que deviendrait alors le moyen d’exception tiré de cet amalgame ?

Nous voudrions voir la Belgique s’étendre jusqu’à Rotterdam, s’il était possible ; mais, nous le répétons, ce n’est pas la limite territoriale qui peut faire question. Le traité du 15 novembre est formel. Ce traité a constitué le royaume de Belgique. C’est sa charte d’existence en Europe, dans cette association d’états au milieu de laquelle il ne suffit pas d’être un peuple intelligent, industrieux et brave, pour trouver une nationalité, mais où il est nécessaire d’apporter sa part dans la balance des intérêts. La Belgique fut donc composée du Brabant méridional, des provinces de Liège, de Namur, du Hainaut, des Flandres occidentale et orientale, d’Anvers, de là partie du grand-duché de Luxembourg depuis la frontière de France à Rodange, ville laissée au grand-duché, jusqu’à la frontière de la Prusse, à l’extrémité de l’arrondissement de Diekirch. Cette partie du grand-duché de Luxembourg, cédée à la Belgique par le roi de Hollande, forme une sorte de parallélogramme presque régulier, dont la base la plus large s’appuie sur notre frontière, et s’étend de Longwy près de Rodange jusqu’à Charleville, ligne dont les points intermédiaires sont Mézières, Sédan et Montmédy. C’est donner une idée de l’étendue de ce territoire. En échange de cette cession, le roi des Pays-Bas recevait une indemnité dans la province de Limbourg. Les anciennes enclaves hollandaises de la province de Limbourg, sur la rive gauche de la Meuse, étaient cependant laissées à la Belgique, à l’exception de la ville-forte de Maëstricht et d’un rayon de douze cents toises sous son glacis extérieur, du côté du fleuve. Par l’article 5 du traité, le soin de s’entendre avec la confédération