Page:Revue des Deux Mondes - 1838 - tome 15.djvu/283

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un peu s’en prendre à elle-même. Quant à l’Europe, elle a maintenu contre les prétentions du roi de Hollande, contre ses regrets, contre ses répugnances, contre son orgueil de souverain en révolte, cet arrêt de 1831, qui, après tout, ne lui est pas si favorable, puisqu’il a fallu sept années et l’épuisement de son peuple pour vaincre sa résistance.

Mais la question territoriale se complique bien plus encore, quand on examine ces rapports que j’ai indiqués plus haut, de la confédération germanique avec le roi de Hollande, comme grand-duc de Luxembourg. Aujourd’hui, la diète de Francfort consent à l’échange d’une partie du Luxembourg contre une partie du Limbourg, en ce qui concerne ses droits fédéraux, et la base sur laquelle reposeront désormais les contingens en hommes et en argent du roi grand-duc. Il faut ne pas connaître l’Europe et le rôle que la confédération germanique y joue dans le système du congrès de Vienne, pour s’imaginer qu’à moins d’une révolution immense qui emporterait tout ce système, on pût faire renoncer, sans indemnité, la confédération germanique à une partie quelconque du territoire qui lui a été assigné et dont sa constitution lui impose la stricte obligation de maintenir l’intégrité. C’est par des atteintes portées aux droits et à la constitution de l’ancien empire germanique, que la vieille Europe a été entamée en 1792. Quand le moment sera venu de renverser sur elle-même l’Europe du congrès de Vienne, organisée tout entière contre la France, c’est sur la confédération germanique qu’il faudra commencer par diriger ses efforts. Dans une lettre publique à lord Palmerston, M. de Mérode, un des hommes d’état les plus honorables de la Belgique, est allé au-devant de cette objection, et il a dit : Qu’à cela ne tienne. Les Hollandais et les Prussiens occupent la forteresse fédérale de Luxembourg, qu’ils y restent, et que le plat pays continue d’appartenir à la Belgique ! La Belgique fournira toutes les facilités désirables pour l’entretien et le renouvellement de la garnison, et pour les communications des habitans de Luxembourg avec le reste de la province. Et cet expédient lui paraît si simple, qu’il fait à la Hollande la même concession pour Maëstricht ! En vérité, on ne saurait prendre de pareilles idées au sérieux. Quoi ! la province belge du Limbourg resterait indéfiniment dominée par les canons hollandais de Maëstricht, et contracterait à jamais envers la garnison de cette place une servitude militaire ! La province belge du Luxembourg souffrirait paisiblement au milieu d’elle une forteresse fédérale, dont elle nourrirait la garnison. Mais cette forteresse fédérale, c’est la capitale naturelle de la province, c’en est la ville de beaucoup la plus peuplée ; sa population est belge aussi, comme celle du reste de la province ; et cependant on la laisserait, sans hésiter, sous la domination de l’étranger, dans un état complètement anormal, sous l’empire d’un régime purement militaire ! Et là, du moins, le droit, ce droit qui devrait être inflexible, de la nationalité belge, plierait devant un fait brutal, le fait de l’occupation étrangère !

Voilà donc à quelles conséquences est arrivé M. de Mérode, en plaidant la