Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/141

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depuis pour le chef du cabinet du 15 avril, et il répéta plus d’une fois cette déclaration. A l’époque du ministère du 6 septembre, M. Molé expliqua dans la chambre des députés comment la question d’intervention avait changé. Il rappela qu’il avait émis le premier, après la révolution de juillet, le principe de non-intervention, qui consistait à établir que chacun est seul maître chez soi, et que nul n’a le droit d’intervenir dans les affaires de son voisin. C’est avec ce principe, tout favorable à la révolution de juillet, que M. Molé arrêta la Prusse qui se disposait à intervenir en Belgique. C’était, comme il le disait très bien, mettre hors de cause la propagande de la sainte-alliance. M. Molé rappela en cette occasion le changement qui se fit depuis dans la presse opposante, quand elle crut que le ministère allait intervenir en Espagne. Le cri de réprobation fut général. On crut que le parti du gouvernement, désigné alors sous le nom de parti de la résistance, allait arrêter le mouvement en Espagne, et suspendre le développement du principe révolutionnaire. Toute la presse se déclara contre l’intervention.

Mais bientôt l’incertitude à l’égard de la conduite du gouvernement français vis-à-vis de l’Espagne, cessa par la publication du traité du 22 avril 1834, dit de la quadruple alliance. En ce qui concernait la France, il y était dit : « Dans le cas où la coopération de la France serait jugée nécessaire par les hautes parties contractantes pour atteindre le but de ce traité, sa majesté le roi des Français s’engage à faire à cet égard ce qui serait arrêté d’un commun accord entre elle et ses trois augustes alliés (art. 4). » Le 18 août 1834, un traité additionnel, signé entre la France et l’Angleterre, spécifia mieux la nature de leur concours. Il consistait en ces deux articles : « 1° Sa majesté le roi des Français s’engage à prendre, dans la partie de ses états qui avoisine l’Espagne, les mesures les mieux calculées pour empêcher qu’aucune espèce de secours en hommes, armes et munitions de guerre, soient envoyés du territoire français aux insurgés en Espagne. 2° Sa majesté le roi du royaume-uni de la Grande-Bretagne et d’Irlande s’engage à fournir à sa majesté catholique tous les secours d’armes et de munitions que sa majesté catholique pourra réclamer, et en outre à l’assister avec des forces navales, si cela est nécessaire. » C’est en cela que consistent les obligations de la quadruple-alliance. Le ministère du 15 avril a cependant entretenu des stations navales sur les côtes d’Espagne pour empêcher la contrebande carliste, et souvent nos vaisseaux ont été employés à transporter les troupes constitutionnelles d’un point vers un autre. Du côté des Pyrénées, il a défendu le passage des carlistes autant qu’il a été possible ; il a, au contraire, accordé le passage sur notre territoire aux soldats de la reine toutes les fois qu’il a été demandé ; et le cabinet espagnol ayant demandé, en 1838, le passage pour un corps considérable qui allait renforcer les lignes d’Hernani et de Saint-Sébastien, non-seulement M. Molé l’accorda, mais la réponse fut transmise par le télégraphe, de peur qu’elle n’arrivât trop tard. Le traité obligeait le gouvernement à ne prohiber que les secours en hommes, en argent, en armes et en munitions portés à don Carlos ; le cabinet du 15 avril prohiba de son chef les effets d’habillement et d’équipement,