Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 20.djvu/66

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2 francs. Comment est-il possible que de pauvres femmes aiment à travailler, quand la matière qu’elles emploient et le fruit de leurs veilles doivent être livrés à un tel prix ? On dit que les ordonnances qui règlent le monopole assurent aux Féroé une provision annuelle de denrées à un prix déterminé ; mais ces denrées, ne les auraient-elles pas plus facilement et à meilleur prix, si elles pouvaient profiter du bénéfice d’une concurrence ? On dit enfin que les impôts de ce pays étant très minimes, le monopole doit être considéré comme un supplément nécessaire. Soit ; mais que, dans ce cas, on élève les impôts, et qu’on donne, non pas aux étrangers, mais seulement à tous les négocians danois, la liberté d’entrer dans les divers ports des Féroé, comme ils entrent aujourd’hui dans ceux d’Islande. Je suis sûr que les habitans béniront le jour où le gouvernement prendra cette mesure.

Ces pauvres gens, en me parlant de leurs souffrances, m’ont souvent répété que le roi l’ignore, qu’il est juste, bon et compatissant ; que s’il savait jusqu’où va parfois leur détresse, il viendrait à leur secours ; mais ceux qui le savent et qui le lui taisent assument sur leur tête une triste responsabilité.


XAVIER MARMIER