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sophie des écoles ; il ne le serait peut-être pas à une philosophie nouvelle qui s’établirait sur le fondement de la critique.

Pour établir cette nouvelle philosophie, pour arriver à cette nouvelle certitude, Kant passe en revue les sciences les plus avancées, et il cherche quel a été le principe de leur progrès, afin de connaître celui de l’incertitude qui règne encore en métaphysique.

En fait, on dispute beaucoup en métaphysique ; on dispute peu en logique, en mathématiques et en physique, ou du moins, si l’on dispute, on finit par s’accorder. Pourquoi les mathématiques, la logique, la physique, sont-elles des sciences qui avancent et se perfectionnent sans cesse ?

Depuis Aristote, la logique n’a pas reculé ; il n’y a dans ses ouvrages aucune règle du syllogisme, aucun axiome logique qui ne soit aujourd’hui aussi incontestable à nos yeux qu’il ne l’était alors à ceux des Grecs. Disons tout : non-seulement la logique n’a pas reculé, mais elle n’a pas même avancé. On a pu y ajouter différentes parties, une digression sur les facultés de l’ame, une autre sur les causes et les remèdes de nos erreurs ; mais ce n’est pas augmenter, c’est dénaturer les sciences que d’en méconnaître et confondre les bornes. La logique proprement dite n’a point fait un pas depuis Aristote, ni en avant ni en arrière. Pourquoi cela ? C’est que la logique porte sur des règles qui peuvent se ramener à certaines propositions évidentes par elles-mêmes et indépendantes de toute application. Ces propositions, ramenées à leurs principes, sont des lois de l’esprit humain, lois auxquelles il est soumis toutes les fois qu’il raisonne. La nature de l’esprit humain ne variant pas, ses lois ne sauraient varier. Il y obéit donc toujours et partout ; elles sont pour lui un fondement inébranlable de certitude ; l’erreur ne saurait venir de là, il faut qu’elle vienne d’ailleurs. Quand donc on demande pourquoi la logique est une science certaine, on doit répondre : C’est qu’elle ne s’occupe d’aucun objet spécial et déterminé ; c’est qu’elle est indépendante de ses applications, et que sa vertu réside dans les lois même de la raison, considérée en elle-même et pure de tout élément étranger.

Tel est aussi le principe de la certitude des mathématiques. Tant que les mathématiques s’arrêtèrent à la partie variable des objets mesurables, il est probable qu’elles eurent leur époque d’incertitude et de tâtonnement. Mais dès que Thalès, ou tout autre, négligeant la partie variable et ne s’occupant que de la partie constante des triangles équilatéraux, eut démontré la propriété essentielle du