Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 21.djvu/697

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rature exquise et consommée. De leur côté enfin, il y a plutôt quelque chose qui favorise et rien qui gêne ; ils ont gardé chacun leur rang, et la place est laissée à d’autres qui tous ne sont pas venus.

C’est ce qu’on peut dire aussi de plusieurs éminens historiens ou philosophes, M. Augustin Thierry, M. Thiers, M. Jouffroy. La fatigue d’une organisation délicate chez l’un, le torrent des affaires chez l’autre, et pour le premier des infirmités, hélas ! qui n’ont pas du moins entamé l’ardeur, ont paru ralentir les productions ; mais rien n’est tari, mais la ligne n’est pas brisée, mais les suites se retrouvent encore. M. Thiers a repris la plume : ne va-t-il pas la quitter de nouveau ? M. Thierry ne l’a jamais laissée oisive à la main fidèle qui retrace sa pensée. Il doit nous en donner sous peu de jours des preuves rassurantes. Là donc encore il y a lieu de s’appuyer à des frontières connues et d’espérer même des alliés dans les maîtres.

L’imprévu, l’extraordinaire, depuis dix ans, a surgi à d’autres endroits et a jailli par d’autres noms. C’est à M. de La Mennais, à M. de Lamartine, à ces talens tout ouverts, l’un si impétueux et l’autre si fécond, qu’il faut demander surtout cette surprise de déploiement et cet éclat d’aventure. Ils ont, en un sens, passé toutes les espérances et aussi laissé derrière eux toutes les craintes ; tous les hasards d’idées déchaînées dans les hautes régions ont soufflé en eux à pleines voiles, et les ont fait vibrer sur toutes les cordes selon leur mode particulier de véhémence ou d’harmonie. Certes, s’il ne s’agit que d’apprécier les ressources et la portée du génie individuel, l’étendue de ressort qu’on lui pouvait supposer, les applications plus ou moins larges qui s’en pouvaient faire, nous dirons que M. de La Mennais dans son ordre, et M. de Lamartine dans le sien, ont témoigné une flexibilité, une vigueur ou une grâce, une amplitude en divers sens, que leurs premières œuvres ne démontraient pas. Jocelyn d’une part, de l’autre les Paroles d’un Croyant et les Affaires de Rome sont, à ne voir que l’écrivain même, d’admirables et riches preuves de puissance et de fertilité. Mais, contradiction singulière, et qui est un des caractères de ce temps ! avec plus de produit dans le talent et avec un dégagement à tout prix, le résultat de l’œuvre a été moins beau que d’abord : la loi de l’ensemble, l’unité, a été violée ; le fonds entier s’est vu compromis. Il y a eu étonnement, bouleversement en définitive et ravage dans les impressions résultantes. Ces grands exemples n’ont pu être utiles qu’en tant qu’ils ont quelque peu effrayé et ont fait rentrer en soi par leur excès. On y chercherait en vain à