Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 22.djvu/108

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exagérées, et le dessin de ces trois portraits ne peut résister à l’analyse. La main gauche de Mme Menessier équivaut tout au plus aux deux tiers de sa main droite, et l’avant-bras droit tout entier est d’une forme absolument inacceptable. Les paupières supérieures ont une épaisseur fabuleuse, et l’ombre des narines ressemble à une tache d’encre. C’est un portrait sans charme, sans jeunesse et sans élégance. Le portrait de M. Alexandre Duval est d’une incorrection non moins choquante ; la cuisse gauche a tout au plus la moitié de la longueur qu’elle devrait avoir ; il est évident que si le modèle se levait et voulait marcher, il serait obligé d’avoir recours à une béquille. Le portrait de M. Barre, supérieur aux deux toiles dont nous venons de parler, reproduit très infidèlement le caractère de l’original. La tête de M. Barre est fine, attentive, intelligente, mais elle n’est ni sèche ni cernée comme la tête peinte par M. Amaury Duval. L’œil du modèle est vif, l’œil du portrait est immobile et terne. L’ombre de la voûte de l’orbite sur la paupière supérieure, et l’ombre du nez sur les lèvres, sont découpées avec une dureté dont la nature n’offre certainement aucun exemple. La main droite ne semble pas appartenir au bras ; on dirait qu’elle est accrochée à la muraille. Non-seulement l’avant-bras n’est pas visible, mais le mouvement général de la main indique l’absence de la vie.

Le portrait de Mme Oudiné, par M. Hippolyte Flandrin, est très supérieur aux portraits de M. Amaury-Duval. La couleur manque de charme, mais le masque est généralement modelé avec une grande fermeté. L’attitude du modèle, disgracieuse et maniérée, offrait malheureusement à M. Flandrin un écueil qu’il n’a pas su éviter. La position de la main gauche l’obligeait à marquer avec une grande précision la saillie inférieure des os de l’avant-bras :: or, cette saillie dans le portrait de Mme Oudiné est marquée environ un demi-pouce trop haut ; la distance qui sépare le poignet de la naissance des phalanges acquiert ainsi une dimension démesurée. Malgré ces défauts, ce portrait se recommande par un mérite incontestable.

M. Cornu a traité avec une remarquable habileté les portraits de M. et de Mme Aguado ; ces deux toiles se distinguent par une grande sagesse de dessin. Toutefois, le bras droit du premier de ces portraits pourrait être posé plus heureusement et gagnerait beaucoup à se rapprocher du corps. J’adresserai au portrait de Mme Aguado un reproche en sens inverse ; dans cette toile, le coude du bras droit se confond avec le corps et donne une ligne peu agréable. Je voudrais que la robe fût un peu moins longue et laissât mieux voir les pieds ;