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§ III.

Le caractère de la révolution de 1830 est avant tout d’être légale. Ce caractère éclata surtout à l’époque du ministère du 13 mars, qui a fait une résistance si vigoureuse et qui a livré aux partis un combat acharné sans avoir eu besoin de demander du secours à la puissance législative. Le ministère qui lui succéda continua la lutte sans reculer ; les hommes éminens qui avaient combattu avec Casimir Périer dans la chambre prirent le pouvoir et s’en servirent avec force. Mais soit qu’ils eussent repris courage à la mort de Casimir Périer, soit qu’ils voulussent tenter le dernier effort du désespoir, les partis extrêmes se montrèrent plus audacieux, et les armes du 13 mars ne suffirent déjà plus au 11 octobre. Les partis furent décimés, et il resta de la lutte l’antécédent de l’état de siège et les lois de septembre, lois rigoureuses, mais utiles, qui dorment en quelque sorte aujourd’hui, par une sorte d’indulgence tacite, et restent sous la main du pouvoir comme des armes sûres qu’on tient prêtes pour le jour du combat. Les partis furent vaincus, et l’Europe continua de rendre hommage à la force et à l’énergie des ministres de juillet ; cependant elle était alarmée de ce conflit terrible et de cette bataille sans fin, car elle avait vu plus d’une fois ceux qui guerroient sans cesse trouver la défaite au bout de longues victoires.

Le temps a dissipé une partie de ces alarmes. Après quelques essais infructueux de conciliation et de transaction, après le temps d’arrêt du 22 février, où se forma un ministère qu’on donnait déjà dans ce temps-là comme le ministère Martignac de la révolution de juillet, et qui n’a été suivi que de la faible réaction du 6 septembre, tout semblait disposé pour la pacification au dehors et au dedans. Qui donc a pu ainsi réunir les partis presque dissipés devant la majorité qui salua la venue du ministère du 15 avril ? A cette époque, ne vit-on pas la gauche modérée soutenir le ministère qui venait de donner l’amnistie devant laquelle avaient reculé ses prédécesseurs, et la droite reconnaître, par ses manifestations publiques de modération, qu’elle avait peut-être eu le tort de conserver au-delà de la lutte elle-même l’irritation que donnent toujours les luttes violentes ? A nos yeux, les succès de l’administration du 15 avril, lors de sa venue, tenaient à ce qu’elle semblait vouloir prouver à la France que l’esprit de conciliation