Page:Revue des Deux Mondes - 1840 - tome 24.djvu/749

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dirait pas aujourd’hui que les faits se sont accomplis sous son administration, qu’il n’a rien, fait pour les prévenir, et qu’il faut bien, bon gré mal gré, accepter ces faits.

Enfin, le 29 octobre, tout en se trouvant ainsi sur un terrain qui lui est commode et favorable, s’est laissé aller trop loin dans les formes de son langage officiel. Voulant tirer une ligne sensible de démarcation entre son administration et celle du 1er mars, et présenter au parti qui fait sa force un drapeau vivement coloré, il a trop exagéré sa propre pensée dans le discours de la couronne, et donné par là à la commission de la chambre une impulsion dont a dû s’étonner, après coup, l’esprit d’ailleurs si vif et si original du savant rédacteur de l’adresse.

Quoi qu’il en soit, tout le monde paraît reconnaître que, même dans le système du 29 octobre, il y a une mesure que la chambre et le ministère ne peuvent dépasser sans blesser le sentiment national et induire le pays en erreur sur leur compte. Le projet d’adresse paraît à peu près abandonné. Les uns veulent l’amender, les autres (je parle des amis du ministère) veulent du moins qu’il garde sur la question de la paix (employons la belle expression de M. Barrot) la noblesse du silence. Ce que la chambre a de mieux à faire, c’est de renvoyer à la commission le projet primitif et tous les amendemens et sous-amendemens qui se sont présentés.

Il faut un nouveau projet. Nous sommes convaincus que M. Dupin lui-même en convient. Il a dû lui en coûter de prêter sa plume à un travail où il faut encore plus s’inspirer des idées des autres que des siennes. Il ne doit pas s’étonner si on lui demande de revenir sur son œuvre. La France a le droit de faire entendre à l’Europe un langage plus net et plus ferme nous ne demandons pas des menaces ; mais nous voulons que lord Palmerston sache bien que nul ne veut en France de la paix à tout prix.

Le moment est arrivé de poser la question, la question pratique, gouvernementale, en ses véritables termes, de la prendre au point où elle se trouve, de se demander ce qu’il faut faire. M. le ministre des affaires étrangères avait raison lorsqu’il appelait sur ce point toute l’attention de l’assemblée. Après avoir parlé de beaucoup de choses et de beaucoup d’hommes, encore faut-il une fois parler du pays, de sa situation actuelle, de la conduite qu’il faut tenir, non pour justifier ou pour condamner ses prédécesseurs, mais pour garantir le mieux possible les intérêts et la dignité du pays, cette dignité qu’il faut aimer, nous ne disons pas autant, mais plus que son repos ; car, pour une grande et noble nation, il n’y a de repos réel que dans la dignité.

La Syrie est perdue pour Méhémet-Ali, perdue après une faible défense. Nous ne serons pas sévères toutefois envers le pacha. Seul contre la Turquie, soutenue par quatre grandes puissances européennes, obligé de disséminer ses forces en Syrie, en Égypte, de contenir dans une longue chaîne de montagnes des populations braves et malveillantes, de résister aux attaques secrètes et aux trahisons, à l’or et aux boulets des alliés, faut-il s’étonner de sa faiblesse ? Que ne le laissait-on lutter seul avec la Turquie, profiter de la victoire de Nézib,