Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/401

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classes de la société, des taxes qui pèsent lourdement sur l’industrie nationale, et qui bien qu’elles ne comptent pour rien dans le revenu du pays, n’en sont pas moins pour les contribuables un intolérable fardeau ? J’ai vu, de plus, qu’en diminuant ces taxes, loin de diminuer le revenu public, celui qui est chargé d’acquitter nos dépenses nécessaires, je pourrais augmenter ce revenu et suffire à ces dépenses. Il y a donc deux moyens de pourvoir aux besoins financiers de l’Angleterre, par l’établissement de taxes nouvelles et par la diminution de taxes anciennes, en chargeant les contribuables et en les soulageant. Choisissez entre ces deux moyens. »

S’il est permis de hasarder une conjecture, c’est que sir Robert Peel demandera à la propriété foncière l’appoint qui lui manque pour mettre son budget en équilibre. Il n’est pas exact de dire, comme le faisait M. Hume dans une des dernières séances du parlement, qu’en Angleterre la propriété foncière ne contribue pour rien aux charges publiques. Elle paie la taxe des pauvres, les dîmes, les taxes de l’église, la taxe des routes, et plusieurs autres dépenses générales ou locales qui, en France, prennent place au budget ; mais il est certain que, relativement à la masse des impôts, la propriété foncière est ménagée. N’est-il pas naturel qu’en échange du service qu’il lui rend, sir Robert Peel lui demande un léger sacrifice et l’obtienne aisément ?

Quant aux réformes nouvelles sur lesquelles sir Robert Peel devra se prononcer, elles se divisent en trois catégories : les réformes purement radicales, telles que le scrutin secret, l’extension du suffrage électoral, et, dans un autre ordre d’idée, l’abolition du droit d’aînesse et des substitutions ; les réformes modérées et libérales dont les whigs ont pris l’initiative, par exemple l’abolition des taxes de l’église, l’appropriation de certains biens ecclésiastiques à des usages civils, l’admission des juifs dans les corporations ; les réformes administratives et judiciaires, qui appartiennent à tout le monde. Or, les premières et les dernières de ces réformes ne sont susceptibles de causer au ministère Peel aucune espèce d’embarras : les premières, parce que les whigs les repoussent aussi bien que les tories ; les dernières, parce que sir Robert Peel est tout aussi disposé que personne à les faire. Reste donc la seconde catégorie. Or il n’est aucune de ces réformes qui, aujourd’hui saisisse vivement l’attention du pays. La preuve, c’est qu’il y a deux ou trois ans déjà, les deux plus importantes, celles des taxes de l’église et de l’appropriation, ont été abandonnées tout doucement et sans bruit par le ministère whig.