Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/402

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Elles vont reparaître sans doute, et donner lieu à de brillantes discussions ; mais sir Robert Peel peut les combattre sans danger.

De ces observations, faut-il conclure que sir Robert Peel ait une tâche aisée ? Non, certes, et dans la carrière où il s’engage, je vois dès à présent deux obstacles très sérieux, deux obstacles qui mettront à l’épreuve tout ce qu’il a d’habileté dans l’esprit et de patience dans le caractère. Ces obstacles, c’est, d’un côté, son propre part, et l’Irlande de l’autre. Quelques mots sur chacun d’eux.

Dans son discours de Tamworth, comme précédemment à la chambre des communes, sir Robert Peel n’a pas manqué de protester, au nom de son parti, contre toute idée de division. « Du côté de la chambre ou je siège, s’est-il écrié, on comte 300 membres qui n’ont qu’une ame, qu’une pensée, qu’un sentiment. » Et, quelques minutes plus tard, dans le même discours, sir Robert Peel se plaignait amèrement que ses adversaires, au lieu de le laisser parler pour lui-même, lui imputassent sans cesse des opinions et des paroles dont il ne pouvait ni ne voulait répondre ! « Que dirait lord John Russell, ajoutait-il, si je lui imputais les opinions extravagantes de tous ceux qui siègent du même côté que lui, et qui soutiennent son cabinet ? »

Ainsi, par une contradiction singulière, tout en protestant de l’union intime de son parti, sir Robert Peel sentait la nécessité d’en désavouer une fraction. C’est qu’en effet il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu’indépendamment des nuances personnelles il y a dans le parti tory, sir Robert Peel il faudrait être aveugle pour ne pas voir qu’indépendamment des nuances personnelles il y a dans le parti tory deux, peut-être même trois opinions fort différentes. Deux mois avant l’ouverture de la session, il parut, sous le titre Peel ou Stanley, qui sera notre chef ? une brochure très flatteuse pour lord Stanley, très outrageante pour sir Robert Peel, et dont un membre du parlement était, dit-on, l’auteur. D’après cette brochure, lord Stanley était « un gentilhomme à l’ame haute et au cœur chaud, aussi honnête qu’éloquent, aussi droit que courageux, méprisant l’hypocrisie et son abominable jargon, bon protestant d’ailleurs et parfaitement étranger à cette race prétendue libérale qui ne fait aucune différence entre les religions. » Sir Robert Peel, au contraire, était un parvenu de bas étage, sans conscience et sans foi, toujours prêt à trahir toutes les causes dans son intérêt personnel, chef d’un parti sans avoir sa confiance, homme de cinquante ans sans compter un ami. « Vous tous qui aimez notre église, petits ou grands, riches ou pauvres, ajoutait le pamphlet, Stanley est le plus sûr et le plus ferme de vos amis. Un ministère qui aurait sir Robert Peel pour chef tomberait bientôt en morceaux sur les ruines du parti conser-