Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/445

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nation russe, comme Trieste sous la domination autrichienne ; et puisse Alger, au risque d’être plus cosmopolite que français, avoir la destinée d’Odessa et de Trieste ! Nous n’aurons pas à nous plaindre de ce sort, d’autant plus qu’il faut avouer que, dans le cosmopolitisme, les Français perdent moins que les autres peuples, puisque ce cosmopolitisme même est profondément imprégné des mœurs et des idées françaises.

Qu’ai-je voulu faire, en rapprochant les curieuses observations de M. Baude des indications que donnent la géographie et même la mythologie du plateau de l’Atlas ? J’ai voulu faire voir quelle vocation européenne a eue de tout temps l’Afrique septentrionale ; et la leçon que je tire de cela, c’est que la France serait bien coupable, si elle contrariait, par ses imprudences ou pas ses impatiences, une vocation tellement marquée ;

Ces considérations sur la manière dont se forme la population d’Alger, me conduisent à un autre point qui touche de près à celui-ci, je veux dire à l’organisation religieuse de l’Algérie ; car plus les populations qui viennent s’établir dans l’Algérie sont diverses, plus elles ont besoin du lien religieux. J’ajoute que, par bonheur, ces populations venant surtout de l’Europe et des pays catholiques, l’église catholique d’Alger aura d’autant moins de peine à les rallier et à les faire arriver à l’unité sociale, à l’aide de l’unité religieuse.

Ce qui a manqué pendant long-temps à l’Algérie française, c’est la pensée religieuse, et je n’en suis pas étonné. La société française est une société toute séculière ; elle a été en Afrique ce qu’elle était en France. Nous craignions d’ailleurs d’exciter le fanatisme des Arabes, si nous nous montrions trop bons chrétiens. Cette tolérance nous coûtait peu, car l’indifférence est aisément tolérante, et, la politique paraissant s’accorder avec nos penchans d’insouciance religieuse, le christianisme, pendant cinq ou six ans, tint à Alger fort peu de place. Etait chrétien qui voulait, mais le gouvernement ne l’étais pas, et cette sécularisation complète du pouvoir semblait plus politique encore en Algérie qu’en France.

Il est arrivé que ç’a été tout le contraire, et certes, parmi les résultats de notre domination en Afrique, ce résultat n’a pas été le moins imprévu, ni cette leçon la moins curieuse et la moins utile de celles que nous pouvons recevoir des Arabes.

Tout sauvages qu’ils nous paraissent, les Arabes en effet n’ont pas tardé à pénétrer le secret de notre tolérance, et ils l’ont estimée ce qu’elle nous coûtait. De plus, en face de notre indifférence religieuse,