Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/516

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et quand il s’est écrié avec tant de véhémence : « Non, la foi n’est pas encore éteinte dans tous les cœurs, » si ce n’eût été le lieu, l’illusion était complète. M. Ancelot appartient à cette classe de prédicateurs de la restauration plus préoccupée de combattre Rousseau, Voltaire et la philosophie, que de propager les saines doctrines protectrices du trône et de l’autel. Le public applaudissait à outrance ; véritable public d’académie, qui applaudit l’emphase du débit et la sonorité des périodes, sans se soucier des doctrines qui se cachent sous tout cela ; public de rhéteurs, pour qui tout est matière à amplification oratoire, qui approuve M. Ancelot quand il attaque Napoléon et qu’il déclare la guerre aux idées libérales, et qui lui aurait accordé la même somme d’applaudissements, s’il avait soutenu la thèse contraire avec le même luxe de métaphores. A un certain moment, l’un des deux orateurs a remercié sa majesté Louis XVIII de nous avoir délivrés de l’invasion étrangère, et le public applaudi cela comme le reste. Le discours de M. Ancelot a vécu ce que vit un vaudeville : ni le style, ni les idées ne lui méritaient un meilleur sort, et avant un mois on avait oublié la séance, le discours et l’académicien ; mais de pareilles forfanteries de l’esprit de parti doivent être tirées de l’oubli, en quelque lieu qu’elles se produisent, et ne peuvent passer sans protestation.

L’Académie ne ferait-elle pas bien de renoncer è ces fades éloges, véritables amplifications de collège, et de faire passer en coutume l’innovation introduite par quelques-uns de ses plus illustres membres, de ne pas tout approuver et tout glorifier dans leurs prédécesseurs, et d’exprimer plutôt un jugement équitable avec cette modération et cette réserve que le lieu et la nature de la réunion commandent ? La mémoire même du mort en serait plus honorée que de toutes ces apothéoses ; et puisqu’enfin on ne fait plus d’oraisons funèbres dans la chaire, ces mensonges pompeux et officiels sont-ils donc un genre de littérature si important, que l’Académie française doive consacrer exclusivement ses séances à en conserver les traditions ?

Qu’on loue l’esprit et le talent de M. de Bonald, qu’on exalte le désintéressement de son caractère, qu’on le félicite même de ses doctrines philosophiques, si on a le malheur de les partager, tout cela peut être sage et convenable ; mais faire de M. de Bonald un homme de génie, l’appeler, après je ne sais quel prince russe, le Newton de la politique, transformer le théoricien d’une réaction implacable en bienfaiteur de l’humanité, lui attribuer à lui seul, à sa seule influence, tout ce qui reste encore de bonnes et salutaires croyances dans la société, n’est-ce pas nuire, par une exagération