Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/522

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M. de Bonald, comme on voit, énonce clairement son point de ne fait aucune concession. Il ne ressemble pas à ceux qui tiennent pour la légitimité et le pouvoir de droit divin, tout en demandant la réforme électorale et la liberté de la presse. C’est un légitimiste conséquent, c’est-à-dire un partisan du pouvoir absolu et sans restriction. Il porte dans les applications la même sincérité et la même sincérité que dans les principes. Il a même un mérite très réel entre plusieurs autres, c’est de juger très bien la valeur et les résultats d’une institution, et d’avoir le coup d’œil juste et prompt pour reconnaître ce qui lui est favorable et ce qui lui est contraire. Cela explique comment Napoléon, qui n’aimait guère la liberté et se connaissait en despotisme, choisit spontanément M. de Bonald pour le mettre au conseil de l’Université, et songea même un instant à lui confier l’éducation du roi de Rome.

On a toujours assigné pour fondement à la législation la loi naturelle. M. de Bonald ne croit pas à la loi naturelle. Comment peut-on donner aux hommes, comme fondement unique de toute législation, cette raison naturelle qui nous prescrit à nous de recueillir l’enfance même abandonnée, et qui permettait aux Romains, à ces Romains si raisonnables, d’exposer à leur naissance même leurs propres enfants ; qui nous prescrit à nous de veiller sur les mœurs de nos enfants, et qui permettait aux Grecs, à ces Grecs si ingénieux et si polis, de prostituer leurs filles dans les temples ; en un mot, qui ne nous permet à nous que des plaisirs légitimes, et qui permettait à ces peuples si vantés des amours abominables ? » Il n’y a qu’un fondement possible pour la législation comme pour tout le reste, et c’est la révélation, la première révélation, antérieure à toutes les prophéties et à la loi nouvelle, la révélation du langage et des idées, sans laquelle notre raison ne serait qu’une force à l’état de repos, une puissance endormie. La première vérité qui ait été révélée à l’homme, et que le langage nous transmette de génération en génération, est celle-ci : Tout a une cause ; et à cette première proposition il faut en ajouter une seconde, c’est qu’entre la cause et l’effet il y a nécessairement un moyen terme. Cause, moyen, effet, selon M. de Bonald, cela renferme et explique tout. La philosophie est tout entière dans ces trois mots : cause, moyen, effet. M. de Bonald est rempli d’admiration pour l’extrême fécondité de ce principe. » Il l’applique en effet à des objets fort divers, et toujours avec un égal bonheur, par exemple à la trinité divine ; le Père, le Fils et l’Esprit ; aux mystères de la foi catholique : la trinité, l’incarnation et la rédemption ; aux rap-