Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/526

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n’a que des devoirs envers lui, et le premier de tous est de lui obéir. Cette obligation n’a pas de limite, et comme le pouvoir n’est pas divisé, de ce double principe de l’unité du pouvoir et de l’obéissance absolue résulte l’unité parfaite du corps social. M. de Bonald n’a rien de commun avec ces publicistes qui regardent les rois comme des mandataires du peuple, et mettent tous leurs soins à maintenir l’autorité royale, tout en laissant au peuple un pouvoir suffisant pour en réprimer les excès. Il comprend parfaitement les mesures préventives et coercitives contre le peuple, qui doit être maintenu dans l’obéissance ; il ne songe pas que le roi doit être maintenu dans la justice, ou, s’il y songe, c’est pour déclarer que les rois ne doivent compte qu’à Dieu du gouvernement de leurs peuples. Toute action des hommes sur les autres est comprise sous ces deux noms : juger et combattre. Juger, c’est-à-dire porter des lois et les appliquer ; combattre, c’est-à-dire défendre l’état au dehors contre les ennemis, au dedans contre les contempteurs de la loi. Faire les lois, les appliquer et les défendre, tette est la fonction royale. Ceux qui croient à la raison naturelle et à la loi naturelle peuvent réclamer pour les citoyens quelque portion de l’autorité souveraine ; quand la loi écrite n’est pour eux qu’une expression déterminée, une application rigoureuse de cette autre loi que Dieu a gravée au fond de toutes les consciences, ils peuvent demander l’acclamation générale du peuple, et, dans les justes limites qu’imposent aux constitutions les nécessités sociales antérieures à tout établissement politique, le gouvernement de tous par tous. Pour M. de Bonald, qui traite la raison en ennemie, et qui appelle les droits de l’homme une usurpation sacrilège des droits de Dieu, toutes ces théories sont des objets de risée. Il faut voir quelle est son indignation quand Mably, dans sa Constitution de Pologne, parle de former avant tout une puissance législative : « Comme si la Pologne, comme si un état qui a un chef et des ministres, n’avait pas tout ce qu’il faut pour porter des lois et les faire exécuter ! Les amis de la Pologne n’avaient qu’une proposition à lui faire, celle de constituer son pouvoir ; et, si elle s’y fût refusée, il fallait laisser à elle-même cette nation qui voulait périr, et pour qui la conquête devenait un bienfait » Il est vrai une, quand M. de Bonald définit la loi, il l’appelle « l’expression de la volonté générale, » et il a soin de remarquer que « cette définition a été adoptée par tous les philosophes, absolument tous, depuis Cicéron jusqu’à Jean-Jacques Rousseau » Mais cet accord de sa définition avec celle de Jean-Jacques et des autres philosophes n’est en réalité qu’un jeu puéril, puisque