Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/529

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pauvre Racine écrivait au roi : « Je ne suis suspect d’aucune nouveauté, » et que Bossuet écrivait sur le livre de Malebranche : « Pulchra, nova, falsa. » M. de Bonald voulait que l’enseignement fût confié à un corps, parce qu’il n’y a d’unité que dans un corps, et à un corps religieux, parce qu’il n’y a de subordination et de perpétuité que dans un corps religieux. A ses yeux, il est indécent de donner le gouvernement de l’éducation à un laïque ; c’est confier le ministère de la guerre à un mécontent. Une comparaison entre les professeurs laïques et les jésuites le conduit à faire l’apologie de la compagnie de Jésus, seule capable, selon lui, de renouveler en France l’éducation, et de lui imprimer son véritable caractère. Ces regrets pour un ordre aboli reviennent sans cesse, et il est aisé d’en concevoir le motif. Quelque éloigné que l’on puisse être de partager l’injuste préjugé qui refuse aux membres de cette société célèbre la probité et les vertus qui distinguent en général le clergé catholique, le caractère de l’ordre, l’esprit et les tendances de l’institution sont aujourd’hui universellement connus, et c’est précisément ce caractère et cet esprit que regrette, que désire M. de Bonald. Accoutumés à mêler la politique à la religion, les révérends pères convenaient si bien à ses vues, qu’il va jusqu’à regarder leur expulsion comme une grande calamité nationale ; puis, attribuant à l’Angleterre une malice vraiment diabolique, il l’accuse d’avoir, par son argent et par ses menées souterraines, déterminé cette mesure désastreuse du renvoi des jésuites, le plus grand mal, dit-il, que les intrigues des étrangers aient jamais pu faire à la France.

Qui veut la fin veut les moyens ; il n’y a que de pauvres esprits qui s’amusent à escarmoucher sur les conséquences : le principe est tout. Dans l’affaire de l’esclavage des colonies, où la plupart des questions politiques se retrouvent, et se présentent même d’une façon plus frappante et plus claire que partout ailleurs, doit-on discuter sur le code noir, qui veut la pluralité des femmes veut des eunuques. Quelqu’un a-t-il jamais pensé à gouverner un bagne avec les mêmes moyens qu’une caserne, ou une caserne de la même façon qu’un couvent ? M. De Bonald, qui demande pour la société des moyens de conservation infaillibles, en demande aussi pour le pouvoir. C’était à coup sûr une honte que d’avoir en France des rois entourés d’une garde étrangère, et plus on réfléchit au caractère d’une institution pareille, plus on a peine à comprendre ce que c’est que l’honneur