Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/531

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charges, à défaut d’hérédité dans l’ordre de la noblesse, et en présence de la nomination aux emplois par le choix et sous la responsabilité du ministre, la vénalité de la magistrature a tous les regrets de M. de Bonald. Celle-là du moins marchait le front levé ; le système du choix et de la faveur, c’est la vénalité secrète, dont le nom est corruption. Quand M. de Bonald parlait ainsi, il avait sans doute sous les yeux des motifs qui justifiaient cette colère, et l’on sait qu’honnête avant tout, et plutôt homme de système qu’homme de parti, il se montrait sévère même pour ses amis. Ce qu’il faut remarquer, c’est que, voulant constituer une noblesse, il en fonde une véritable, et non pas un de ces semblants d’aristocratie, sans terres, sans pouvoir, sans influence, qu’on dirait destinés par le peuple à jouer dans un pays libre le même rôle que cet esclave ivre que l’on faisant courir dans les rues de Sparte. Avec le monopole des emplois, M. de Bonald demande pour les nobles des majorats et le droit d’aînesse. Propriété dans le sol, c’est le nerf de l’aristocratie. Conserver des titres nobiliaires tout en appelant les frères à un partage égal du patrimoine, c’est détruire d’un côté ce qu’on établit de l’autre ; il n’y a pas de plus sûr niveau, pour ramener l’égalité des conditions, que la division incessante des fortunes. M. de Bonald continuait son éternelle guerre contre les principes de la révolution, quand il faisait l’apologie des majorats à la chambre des députés, le 29 janvier 1819. Les majorats sont une véritable conquête sur le Code civil. Avec des majorats et le droit d’aînesse, la noblesse était sauvée et la constitution perdue. On lit dans la Législation primitive : « Les peuples les plus fortement constitués ont donné à l’aîné des mâles la survivance et l’expectative de l’autorité domestique. Dans les provinces soumises à la loi romaine, l’aîné avait une plus forte part dans le patrimoine et même dans le respect des frères. Cette loi et celle des substitutions étaient pratiquées dans les familles nobles, et étaient la raison de leur perpétuité. Sans inégalité de partage, point de familles agricoles. Le gouvernement a rendu hommage à ce principe, méconnu aux jours de délire et de déraison. » Cette grande raison de la perpétuité des races nobles fait complètement oublier à M. de Bonald l’atteinte portée aux sentimens les plus naturels par cette inégalité introduite dans les familles. Privilège pour privilège, mieux vaudrait celui de la coutume de Léon, qui donne l’héritage au plus jeune, parce que, dit la loi, il sera plus long-temps orphelin. Il est vrai que ces sortes de considérations reposent sur les faits de la