Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/541

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l’histoire de la découverte de l’écriture, ni que tous les systèmes d’écriture sont identiques, ou même analogues, ni que la découverte de l’écriture suppose l’écriture déjà trouvée, ni que l’écriture est nécessaire à la société, et par conséquent éternelle et divine comme tout ce qui est nécessaire. Il ne peut donner et ne donne en effet qu’une seule raison : c’est l’extrême difficulté d’une telle découverte. On peut tout contester de la même façon, et cela donne la mesure de la facilité avec laquelle M ; de Bonald admet une théorie. Il lui en coûtait peu, comme on voit, de déclarer une découverte impossible, et puisqu’il rapportait à Dieu l’origine de l’écriture, il aurait dû expliquer du même coup l’existence des hiéroglyphes chez les peuples les plus anciens, et l’évidente insuffisance des premiers alphabets et même du nôtre. C’était pour le moins une imprudence que d’ajouter inutilement cette nouvelle polémique à la première ; mais plus la chose était imprudente, et plus elle était digne de l’approbation du comte de Maistre, qui n’aimait que les aventures et courait au-devant des difficultés. Voici ce qu’il écrivait de Turin, en 1818, à l’auteur des Recherches philosophiques : « Je ne vous ai pas trouvé moins juste et moins disert sur l’écriture, mansura vox, que sur la parole. Vous êtes de l’avis de Pline l’ancien : Apparet oeternum litterarum usum. » Ce n’est peut-être pas là l’opinion de Pline l’ancien ; car, dans le passage où se trouve la phrase citée par M. de Maistre, Pline dit formellement qu’il a toujours pensé que les lettres sont d’origine assyrienne ; il rapporte ensuite les noms des inventeurs de telle ou telle lettre et diverses opinions sur l’antiquité de l’alphabet, et, comme on s’accorde à le faire remonter à des époques fabuleuses, il ajoute le mot cité par M. de Maistre : « On voit par là que l’usage des lettres est de toute antiquité, apparet oeternum. » M. de Maistre, suivant sa coutume, ne cite que ce qui est à sa convenance, et l’interprète sans façon suivant ses désirs. C’est le caractère constant de cette érudition sans pareille dont il aimait à faire étalage ; plus on discute cette érudition, et moins on a lieu d’être surpris de la prodigalité de M. de Maistre. Cette remarque n’était pas importante à faire pour l’opinion de Pline l’ancien, mais elle a de l’intérêt d’un autre côté, et on ne doit pas la perdre de vue, en lisant le comte de Maistre et tous les écrivains de cette école. Encore aujourd’hui leur mot de ralliement est la sentence de saint Paul, si souvent répétée par M ; de Bonald : Fides ex auditu ; ils en font, d’après lui, leur palladium. Il n’y a là cependant qu’une bien frivole équivoque, et, si M. De Bonald avait continué la citation, on aurait vu que la foi dont il s’agit dans saint