Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/561

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Adolphe sous la main. Comment faire ? Heureusement que M. Valry s’appelle Adolphe. Je soupçonne la rime d’être au moins pour moitié dans les vers, pleins de grace du reste, que M. Emile Deschamps adresse à son ami. Avec de pareilles fantaisies, on en vient à donner au mot le pas sur l’idée, à se payer de sons, de vains bruits, d’un cliquetis plus ou moins agréable à l’oreille. On remplace l’esprit par la lettre, l’absolu par le relatif ; à l’enthousiasme, au sentiment, à la vérité poétique, on substitue je ne sais quel art de décadence, quel jeu mesquin et puéril qui touche de plus près aux manœuvres d’un casse-tête chinois qu’au divin travail de la pensée. Et la poésie dégénère, la poésie s’en va ; la Muse, de déesse austère qu’elle était, devient quelque folie de carnaval dansant la gigue et la sarabande, quelque charmante baladine secouant sous le lustre sa robe pailletée de clinquant et sa marotte à grelots. La rime est, à tout prendre, plus dangereuse qu’on ne pense, et, si vous ne lui tenez la main, elle risque de vous mener là où vous ne seriez jamais allé sans elle, et de vous faire dire mille sornettes dont vous vous seriez bien gardé. Croyez-vous que sans la rime M. de Rességuier eût écrit ceci, par exemple ?

C’est un délire
De tout relire,
D’étudier
Charles Nodier,
Ou de Beauchêne
Qui vous enchaîne
Près du foyer,
Ou de Ferrière
Dans la carrière,
Dès le début,
Touchant le but.
…….
Le grand Victor
Qui n’a qu’un tort :
C’est que sans règle
Il vole en aigle
Et qu’en tout temps
Il chante, il tonne,
Et nous étonne,
Feuille d’automne,
Fleur de printemps.

M. de Rességuier sait aussi bien que nous qu’on n’étudie pas Charles Nodier, et que, si le grand Victor n’a qu’un tort, ce n’est pas