Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/567

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nation peu propre ay mysticismes, peu faites pour comprendre les rêves éthérées d’un docteur angélique, et pour s’égarer dans l’infini sur les traces lumineuses d’un saint Bonaventure, c’est à coup sûr l’imagination de M. Antoni Deschamps. L’auteur des Dernières Paroles se comlaît surtout dans une poésie terrestre, humaine, poésie pratique qui tient de la satire et du sermon, et ne s’élève guère plus haut que la parabole. Ce qu’il excelle à rendre, c’est la souffrance, la souffrance moral en tant qu’ayant sa racine dans la douleur physique. Chaque fois qu’il touche cette corde, M. Antoni Deschamps s’élève d’irrésistibles effets ; sa douleur vous affecte, ses désespoirs vont à l’ame ; cela est beau, parce que cela est vrai, profondément senti. Or, je ne vois pas ce que les formules du dictionnaire mystique de Dante peuvent avoir à faire dans une semblable poésie, dans une poésie tellement réelle, tellement physique (qu’on nous passe le mot), qu’on ne peut même pas l’appeler élégiaque, et qui se rapproche, à vrai dire, moins de l’art que des divagations bibliques, dont elle reproduit à ses bons momens la grandeur échevelée et les prophétiques dithyrambes. Est-ce le cas d’invoquer dans une pièce de quinze vers, tout empreinte du caractère de notre temps, les apparitions séraphiques de la comédie dantesque, et de faire figurer, au milieu d’une mercuriale adressée à l’égoïsme qui nous ronge, les Trônes, les Puissances, les Dominations, que le chantre toscan donne pour cortège à la divine essence ?

Prima dominazioni, e poi Virtudi,
L’ordine terzo di Podestatinée.

Que dirait-on d’un homme qui prétendrait illustrer de mystiques enluminures un premier Paris du National ? Autant j’aime chez M. Antoni Deschamps cette austère simplicité, cette image hardie qui ne dédaigne pas de puiser dans l’occasion aux sources populaires, en un mot cette importation caractéristique du Terzetto dont on doit lui tenir compte, autant je trouve déplacé et de mauvais goût cet abus d’expressions mystiques d’un autre âge dans le réel qui l’affecte et qu’il reproduit, cet amalgame de l’intime, tel que nous l’avons inventé, avec ce que la métaphysique de Dante a de plus radieux, d’essentiel.

La philosophie de M. Antoni Deschamps se ressent de cette indécision, et flotte incessamment d’une doctrine à l’autre, sans trop savoir jamais à laquelle s’arrêter. L’Evangile par moment lui conviendrait assez, mais le catholicisme lui fait peur. Esprit superficiel malgré son apparente gravité, moins différent qu’on ne croit de son