Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/570

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


même aujourd’hui qu’une appréciation naturellement plus calme a succédé au fanatisme du temps. Outre un sentiment parfait de la poésie du sud, une vigueur de touche qui dénote un coloriste à la manière de Rembrandt, on remarque, dans la plupart des pièces qui nous occupent, de rares qualités de style et de composition, avantages que l’auteur doit peut-être moins encore au commerce de Dante et des grands poètes italiens qu’à l’âge mûr et réfléchi auquel il a commencé de produire. Le lyrisme peut bien y perdre quelque chose en élans spontanés, en effusions mélodieuses ; mais, en revanche, le style y gagne en concision, en nerf, élémens essentiels de cette poésie du sud, dont M. Antoni Deschamps, dans les Italiennes, cherche à se rapprocher le plus possible. Je citerai dans le nombre le Vendredi saint à Rome, large méditation pleine du souffle de Michel-Ange ; puis, comme contraste à cette morne et ténébreuse peinture, comme tableau de genre animé et pittoresque, Naples, charmante esquisse qu’un rayon des Orientales éclaire déjà. Je recommanderai aussi le petit poème du Comte Gatti, où le drame dégénère en satire par un procédé dont M. Antoni Deschamps abuse quelquefois : l’apostrophe sans transition, ex abrupto, rude modulation d’un effet sublime dans certains passages de l’Inferno, mais qui revient trop souvent dans les Poésies italiennes et les Dernières Paroles. N’oublions pas non plus les satires, celle entre autres que M. Barbier a si bien imitée dans l’Idole, opulente paraphrase de ces vers de M. Antoni Deschamps :

Napoléon despote à la France sut plaire ;
Ce mitrailleur du peuple est toujours populaire :
C’est que le peuple admire et craint les hommes forts,
Et ne bronche jamais quand il sent bien le mors ;
C’est un cheval rétif au cavalier timide,
Et docile à la main qui lui tient haut la bride, etc.

Mais ce qu’il faut louer surtout dans cette partie du volume, c’est la traduction de quelques sonnets de Pétrarque, véritable traduction de poète, où revit le trait original ; le sentiment, la couleur, le dessin, tout y est. On ne saurait rendre avec plus de bonheur dans l’expression ce style si coquettement simple, si précieux à la fois et si naïf, du chantre amoureux de Laure. Vraiment, quand on pense à quelles négligences, à quels, excès de forme M. Antoni Deschamps s’est porté depuis, quand on parcourt tant de pièces mal soudées, tant de vers pleins de fausses rimes et d’hiatus, où l’idée suffoque et meurt étouffée comme sous la mauvaise herbe, on se demande com-