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neur de cet empereur. Elle est certainement de l’époque byzantine ; cependant, comme elle ne porte aucune inscription, on ne peut que faire des conjectures sur le personnage ou l’évènement qu’elle fut destinée à célébrer.

La ville d’Ancyre, après avoir subsisté pendant plusieurs siècles dans un état constant de richesse et de prospérité, vit son étoile pâlir, et des malheurs sans nombre vinrent assaillir sa population. Si les invasions venues d’Occident avaient apporté à ces contrées la prospérité et la civilisation, les hordes qui commençaient à s’agiter sur les plateaux de la Tartarie leur préparaient de rudes épreuves. Les premières attaques que la ville d’Ancyre eut à souffrir, lui vinrent du côté des Perses. Sous le règne d’Héraclius, elle fut prise par Chosroës [1]. Rendue aux empereurs après la défaite du prince sassanide, elle eut quelques années de paix, sui lui permirent de réparer ses malheurs ; mais les Arabes, qui avaient envahi la Perse [2] et renversé le trône de Chosroës, firent une irruption en Asie, prirent et ravagèrent Ancyre [3]. Cette ville néanmoins ne resta pas sous la domination des khalifes. Mais le pouvoir des empereurs byzantins était nul dans ces contrées, qui étaient devenues les extrêmes frontières de leur empire ; les princes seldjioukides fondèrent à Iconium un royaume qui s’étendit jusqu’au Sangarius ; ils s’emparèrent facilement d’Ancyre, et en firent une ville musulmane.

Pendant la malheureuse expédition de Frédéric Barberousse, les sultans seldjioukides avaient feint de conclure une alliance avec ce prince ; mais lorsqu’il arriva dans les plaines du lac Salé, pays désert et sans eau potable, les croisés furent attaqués par les musulmans. Ces derniers avaient, moitié par force, moitié par persuasion, décidé les chefs grecs, qui se trouvaient répandus dans les bourgades éloignées, à ne porter aucune provision aux Latins, à retirer les troupeaux dans les montagnes, et surtout à ne fournir ni armes ni flèches aux croisés. L’armée n’eut à résister, en réalité, qu’à des escarmouches, mais bientôt des privations sans nombre vinrent assaillir cette multitude qui s’étant engagée dans des contrées inconnues. L’historien arabe Ibn-Al-Atir [4] fait un effrayant tableau du désastre de cette armée, qui se dirigeait vers Antioche pour rejoindre

  1. A. D. 625.
  2. A. D. 632.
  3. A. D. 664.
  4. Traduction de M. Reynaud.