Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/625

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ne produiront jamais des résultats équivalens. Qui donc écrit les lignes suivantes ? Est-ce un père de l’église, un casuiste, un moraliste élégiaque ? Sont-elle tracées par de ces mains ascétiques que le pinceau de Zurbaran croise sur des poitrines desséchées ? « Le vain tumulte du monde politique ne fait naître chez moi qu’un sourire, et j’ai pitié des pauvres êtres qui estiment assez haut ses joujoux pour les emporter précieusement comme des trésors impérissables et réels. Quant à moi, j’aspire à une possession plus vraie, plus substantielle et plus durable. » Un homme politique, Wilberforce, a semé ses lettres confidentielles de pareils aveux et de semblables sermons. On y voit combien les hommes les plus éclairés de L’Angleterre redoutaient Bonaparte et craignaient l’avenir.

Les Anglais sont à deux doigts de leur perte. Wilberforce tombe à genoux prie, et s’écrie que les vices de la nation attirent la foudre céleste, et que la vengeance doit s’accomplir. William Cowper se résigne au joug de Bonaparte, et redit en vers élégiaques les tristesses du prophète hébreu. Rien n’est prêt, la côte est mal défendue, le trésor est vide, la milice des campagnes refuse le service, la marine est en mauvais état. Romilly, Mackintosh, les plus sages, avouent l’énormité du péril. Au milieu de cette terreur, il y a un homme qui paraît infiniment grand ; c’est William Pitt. — « Pauvre Pitt, dit Wilberforce ! il doit être prêt à dire comme l’ancien : « Oui, le monde était fait pour César ! » Sa constitution doit être bien ébranlée, et je ne sais comment sa tête peut y tenir. »

La séduction opérée par Bonaparte s’étendait jusqu’à Wilberforce lui-même. « Rien ne m’a plus profondément convaincu, dit-il, de la puissance extraordinaire dont Bonaparte a été doué par Dieu même, qu’un trait spécial de son caractère : il séduit et gagne des hommes d’une supériorité reconnue dans des carrières diverses, les attache à sa cause et le fait servir à ses desseins. Ce pouvoir de faire graviter vers soi les esprits (que cette expression me soit permise) est absolument indispensable à quiconque veut se constituer centre d’un système. Sans cela, tout serait confusion. C’est la preuve infaillible du grand génie. Je dois avouer avec franchise que chez Bonaparte cela me surprend d’autant plus, que, dans certaines occasions, il a paru, et spécialement en Égypte, se conduire d’une manière peu convenable, je ne dis pas à un homme honnête, mais à un homme fort. »

Wilberforce voulut toujours le bien et ne l’accomplit pas toujours. L’abolition de la traite des noirs est sa grande œuvre. Quant à l’ap-