Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/627

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Horne Tooke manquait de courage et de considération. Cobbett seul frappait juste : il s’adressait aux sentimens, aux préjugés et aux habitudes de la vieille Angleterre et de ses yeomen dont il parlait le langage dans ses écrits. Les fleurs de thétorique de Mackintosh, les élans oratoires d’Erskine, les finesses grammaticales d’Horne Tooke, les triviales argumentations de Payne, les éloquentes exagérations de Southey, ne suffisaient pas à déguiser, aux yeux des citoyens anglais, cette vérité dangereuse pour leur parti, c’est qu’il n’était pas anglais.

Le mouvement révolutionnaire était donc plutôt superficiel et de parade que profond, sincère et national. Peu à peu les années détachèrent des opinions étrangères les plus brillans et les moins solides de leurs partisans : Mackintosh, Erskine, Southey. Cobbett, qui avait pris position sur le terrain national, resta debout à la même place, et ce fut lui, sans aucun doute, qui précipita le plus efficacement les esprits vers les réformes que nous avons vu s’accomplir. Payne proposait pour modèle l’Amérique, Mackintosh la France, Erskine et Tooke les anciennes républiques ; Romilly proposa Genève.

C’était un avantage pour ce dernier de se trouver porté par un groupe beaucoup plus calviniste que français. Pour la moralité stricte et douce, le culte des, vertus privées, l’amour des lois et celui du progrès, le respect de l’industrie et de l’argent, la distribution économique et féconde des heures et du travail, il y a plus d’une analogie entre les deux nations, soumises aux mêmes habitudes et à la même éducation religieuse. Aussi, profitant de cette situation heureuse, allié aux violons réformateurs du continent sans partager leurs goûts, leurs prétentions, leurs systèmes et leurs fautes ; touchant à Mirabeau par Dumont, et aux puritains d’Angleterre par les idées, les mœurs et le style des réfugiés, Romilly s’arma-t-il bientôt d’une considération qui fut accrue et ornée par l’aménité de ses manières et la douce sûreté de son commerce. Marié à une personne d’une beauté achevée et d’un caractère heureux, il s’éleva par degrés jusqu’aux honneurs de la haute magistrature laissa long-temps solliciter avant d’accepter un siège au parlement, se distingua parmi tous les candidats par l’extrême délicatesse de ses démarches avant l’élection, et parmi les membres des communes par l’infatigable accomplissement de ses devoirs. Il ne pouvait siéger que sur les bancs des whigs, et ce fut en effet la place qu’il choisit. Fidèle à ses débuts, il s’occupa exclusivement de la réforme des abus judiciaires, et n’exerça aucune influence marquée sur le mouvement des affaires publiques.