Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/640

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


secondaires, leur sensibilité s’épuise dans des détails sans portée. Au-dessus d’eux, on aperçoit William Pitt, Charles Fox, Canning et Castlereagh, qui tous, il est vrai, moururent à la peine sous le harnais politique, mais après un combat plus vigoureux. Quant aux ames méditatives et charmantes dont nous parlons, l’historien, aurait tort de les négliger. Elles représentent la portion idéale de la vie publique, l’élément moral de la société. Aussi les personnes accoutumées à ce qui s’appelle la vie politique de la France moderne ne seront-elles pas médiocrement surprises de l’importance conquise et du souvenir honorable laissé par un grand seigneur journaliste et hypocondriaque, par un sermonaire propagandiste et par un avocat sentimental. Ce n’était pas, il faut bien le dire, de réformer le code qu’il s’agissait pour l’Angleterre, mais d’être ou de n’être pas, c’est-à-dire de vaincre Bonaparte ou d’être vaincue, ni de faire de bons et piquans articles pour le Quarterly, mais de soutenir Canning ou de le combattre ; ni de répandre la philantropie à Saint-Domingue et d’envoyer des missionnaires à Otaïli, mais de savoir au juste quelle civilisation convient le mieux à la race africaine, et si le roi Paramaribou ne serait pas tout aussi heureux sur ses fertiles et doux rivages, sans boutons de métal et sans bas de soie. Il y a donc, comme je l’ai dit, pour le logicien inexorable, pour qui voit les choses humaines dans leur vérité austère, des lacunes ou des faiblesses dans le tissu de ces excellentes et nobles vies.

C’est surtout quand on les compare au mouvement immense qui les emportait, que l’on trouve les efforts législatifs de l’un et les tendances philosophiques et philantropiques des autres trop étroits et trop faibles pour ce théâtre et pour ce drame. L’histoire a peu de spectacles comparables aux cent dernières années, je ne dis pas de l’Angleterre, mais de la France et de l’Europe. Nous, Français, nous nous souvenons de nos grandeurs. Il faut bien se rappeler aussi cette défense désespérée et victorieuse du tigre commercial dans son île, et cette mortelle étreinte des deux géans, dont la lutte serait moins belle, si l’un eût été indigne de l’autre.

L’avenir et l’émancipation, conduits et armés par un despote, attaquaient le passé et le privilège, représentés par la nation la plus libre de l’Europe. Tout était extraordinaire dans ces choses que nous avons vues, et sur lesquelles le jugement définitif n’est pas porté ; l’ellipse entière des évènemens est loin d’être décrite, et chacun peut la calculer ou la conjecturer selon ses habitudes ou ses désirs.

Entre les XIXe et XVIIIe siècles se trouve un point fatal, et comme