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moi, d’un concert européen ; et loin que l’expérience l’ait fait revenir sur cette idée, M. Joufroy paraît y tenir plis que jamais. Voici pourtant comment il s’exprimait :

« L’alliance des quatre puissance, en présence de l’isolement de la France, ménage, j’ose le dire, à notre politique, si elle est bien conduite, si elle est bien tenue, des chances qui rendent notre position actuelle infiniment moins mauvaise qu’on le suppose……

« …….Donnez-moi un gouvernement qui mette de la suite dans les affaires de la France, et laissez ce gouvernement, pour peu qu’il soit intelligent, exploiter la situation qu’on dit déplorable, et vous m’en donnerez des nouvelles dans cinq ou six ans…..

« ……J’ai voulu montrer à mon pays que, même dans cette situation (la situation actuelle), il y avait pour lui un grand rôle à jouer en Europe, et qu’il ne devait pas s’effrayer de cet isolement dont, pour moi, je me féliciterais, s’il avait été autrement amené. »

A vrai dire pendant cette longue discussion, un seul orateur, M. de Lamartine, combattit la politique de l’isolement comme politique durable, et conseilla de rentrer le plus tôt possible dans le concert européen. Mais sait-on à quelle condition ? Le voici :

« La question orientale est engagée de telle sorte que la guerre est impossible, que la paix sans conditions serait honteuse ! Que faire donc ? Changer le terrain entre l’Europe et vous, briser énergiquement le cercle de fer que la politique de vos prédécesseurs a formé autour de nous, et rentrer avec des concessions, rentrer, le drapeau levé, dans le traité du 15 juillet, ouvert devant vous par les puissances…..

« Non, il n’est pas possible qu’un pays susceptible comme la France, susceptible, je ne dis pas seulement parce qu’il a vaincu le monde, susceptible parce qu’il a été des bords de l’Oder aux bords du Nil ; mais je dis susceptible parce qu’il a le droit de l’être, parce qu’il a été deux fois malheureux ; un pareil pays, avec l’honneur d’engagemens plus délicats, ce qu’il pouvait concéder le jour de la victoire, il ne veut pas le concéder aujourd’hui. Non, vous n’accepterez pas telle qu’elle est la not du 8 octobre ; vous y ferez faire par l’Europe des modifications notables, et, je n’en doute pas, je crois assez au reste de sagesse qui préside encore dans les conseils de l’Europe pour être convaincu que l’Europe s’apercevra qu’un traité où manque la signature de la France est un traité provisoire, un traité sans cesse menacé ; que l’Europe sentira le besoin de faire des concessions à la France. Attendez-les ; demandez des gages à vous, à l’hu-