Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/691

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Pour moi, je le déclare, je ne crois pas qu’une si terrible conséquence sorte nécessairement de la convention du 13 juillet. Je ne crois pas surtout que, si elle en sortait, le pays se condamnât jamais à lui laisser suivre son cours. Quoi qu’il en soit, voici le simple dilemme que je pose : ou la convention du 13 juillet n’est, comme il semble résulter de son texte officiel, qu’un hommage platonique des cinq puissances au droit exclusif du sultan sur les détroits, et alors c’est une feuille de papier parfaitement innocente et de nulle valeur ; ou la convention du 13 juillet implique de la part des puissances signataires l’engagement formel d’unir leurs forces contre celle d’entre elles qui s’en écarterait, et alors c’est pour la France le plus imprudent, le plus absurde, le plus funeste des engagemens.

Ce n’est pas tout, et il y quelque chose de bien plus décisif encore, c’est que le traité d’Unkiar-Skelessi était expiré depuis cinq jours au moment où les cinq puissances ont signé la convention ; c’est de plus que l’article 4 traité du 15 juillet stipulait en termes très positifs ce que stipule la convention. Dans le marché passé, il y a un an, entre L’Angleterre et la Russie, et dont la France devait faire les frais, l’abandon du traité d’Unkiar-Skelessi est le prix dont la Russie a payé l’accession de I’Angleterre. Or, je ne sache pas que l’Angleterre ait jamais mérité le reproche de souffrir la violation des engagemens pris envers elle et de remettre ce qui lui est dû. Par son adhésion à la convention du 13 juillet, la France s’est donc donné simplement la satisfaction de signer un article du traité du 15 juillet, et de garantir à l’Angleterre le paiement de sa défection. Depuis un an, les Anglais nous ont fait plus d’une fois l’honneur de nous dire que, pour nous empêcher de devenir trop puissans en Orient, ils avaient bien pu oublier momentanément leurs griefs contre la Russie et lui donner la main contre nous, mais qu’au fond leurs ombrages subsistaient, et qu’à la première occasion ils se feraient un vrai plaisir de nous donne la main contre elle. Il semble que la convention du 13 juillet n’ait d’autre but que de répondre à ces magnanimes avances.

Qu’on ne se paie donc pas de vaines paroles. Avant la convention du 13 juillet, l’abolition nominale du traité d’Unkiar-Skelessi et la clôture officielle des détroits étaient acquises et consommées, aussi bien que la destruction du pacha. Ce qui n’était pas encore acquis, c’est l’adhésion de la France à l’acte qui l’a si rudement frappé dans son honneur et dans ses intérêts ; ce qui n’était pas consommé, c’est l’admission non contestée dans le droit européen du fait inique et