Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/701

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dire, c’est que, si je suis bien instruit, la convention commune dont M. de Metternich avait pris l’initiative devant d’abord contenir plusieurs stipulations importantes : 1° la garantie à cinq du statu quo territorial et de l’intégrité de l’empire ottoman ; 2° l’arrangement des détroits ; 3° un règlement sur les droits du sultan à l’égard des pachas ; 4° la protection à cinq des chrétiens de Syrie et peut-être des autres provinces ; 5° l’explication positive que l’article 1er comprenait la reconnaissance par la Porte et par l’Europe de notre domination en Afrique.

Mais, ainsi que je l’ai expliqué, les quatre puissances étaient loin d’être, à l’égard de la France, dans les mêmes dispositions. La Russie paraissait satisfaire de l’alliance à quatre. Lord Palmerston, malgré les efforts de lord Melbourne, attachait peu de prix à la signature de la France. L’Autriche et la Prusse seules tenaient à conduire à bonne fin la négociation. Sur le refus tantôt de l’une, tantôt de l’autre des puissances, la convention se réduisit enfin au seul article des détroits. Cet article fut alors proposé à la France, et on lui fit entendre extrà-officiellement, mais clairement, que, si elle ne s’en contentait pas, la conséquence de son refus serait une alliance défensive entre les quatre puissances.

Quelques personnes prétendent que sans cette alliance indirecte la France n’aurait pas accédé à l’acte du 13 juillet. Je ne puis, je ne veux pas le croire. Sans doute bien des faiblesses peuvent être reprochées à notre gouvernement, mais il serait trop pénible de supposer que le mot d’alliance défensive à quatre suffit pour renverser ses déterminations, pour arracher son consentement, pour changer sa politique. S’il en était ainsi, l’Europe, une fois le moyen trouvé, s’en servirait toujours, et c’en serait fait en France de toute indépendance, de toute nationalité. Pour moi, j’attribue deux autres causes à l’accession du cabinet. La première, c’est qu’au fond du cœur le cabinet n’avait jamais adhéré sérieusement à l’isolement, tel du moins que l’entendaient la chambre et le pays. Pour lui, le principal mérite de cette politique, c’est qu’elle se distinguait de la politique du cabinet précédent sans rompre trop brusquement avec elle ; c’est qu’entre l’armement actif et le désarmement, entre la résistance au traité et son acceptation, elle formait en quelque sorte un chaînon intermédiaire et une transition ménagée ; c’est que, grâce à elle, un pont se trouvait jeté d’une rive à l’autre, à l’aide duquel on pouvait franchir le précipice sans trop de difficultés et de dangers. Le cabinet savait d’ailleurs que, dans ce pays où les esprits vont si vite, l’isolement et