Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/723

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tage de territoire ; c’est quelque chose qui y mène, et le gouvernement, quoi qu’il en dise, le sait et le comprend. Autrement éprouverait-il, comme il l’éprouve, un vif désir de maintenir le statu quo déplorable qu’on a créé il y a huit mois à notre détriment ? Ferait-il, comme il en fait, des vœux, contre les chrétiens de Candie, de Bulgarie, et de tant d’autres provinces qui veulent secouer le joug pesant de Constantinople ? Travaillerait-il, comme il y travaille, à comprimer toutes les insurrections, à apaiser tous les mécontentemens, à calmer tous les esprits ? Chercherait-il enfin, comme il le cherche, à s’interposer amicalement entre la Russie et l’Angleterre, et à prévenir entre ces deux grandes puissances toute querelle possible et tout collision ? Si le gouvernement agit ainsi, c’est qu’il sait qu’à moins d’un effort qu’il ne veut pas faire tout est perdu pour nous en Orient ; c’est qu’il comprend que si, pendant la trève, il peut jusqu’à un certain point cacher la plaie faite à la dignité, à la puissance, aux intérêts matériels de la France, cette plaie, le jour de la crise, apparaîtra à tous les yeux dans toute sa gravité.

Si l’on partage en deux époque à peu près égales les onze années qui se sont écoulées depuis la révolution, voici donc ce qu’on trouve : de 1830 à 1836, la France avait établi son influence en Belgique par l’expédition de 1831 et par le siège d’Anvers ; en Italie, par l’occupation d’Ancône ; en Suisse, par la protection donnée aux révolutions cantonales qui ont suivi 1830), et par la formation d’un parti intermédiaire entre le parti autrichien et le parti radical ; en Espagne, par la prompte reconnaissance de la jeune reine et par les sympathies hautement avouées de la régente et du parti modéré ; en Portugal, par l’entrée de notre flotte dans le Tage, et par les secours donnés depuis à don Pedro et à la reine ; dans l’Amérique du Sud, par la reconnaissance sans condition des républiques nouvelles en Grèce, par une lutte décidée, et quelquefois heureuse, en faveur du parti national, contre les Bavarois, le parti russe et le parti anglais ; dans l’empire ottoman enfin, par l’alliance chaque jour plus intime et plus profitable de Méhémet-Ali. De 1836 à 1841, Ancône a été évacué en Italie, le partie intermédiaire dissous en Suisse, la régente dépossédée et le parti modéré anéanti en Espagne, le nom français oublié en Portugal, notre diplomatie désavouée ou abandonnée dans l’Amérique du Sud, le parti national absorbé dans le parti anglais en Grèce, Méhémet-Ali enfin, dans l’empire ottoman, vaincu, abaissé, dépouillé, réduit, pour être encore quelque chose, à se faire