Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/771

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nique, année par année, sans mouvement et sans éclat. Les Lettes sont d’une nature molle et résignée ; les Esthoniens ont plus de vigueur ; cependant ni l’une ni l’autre de ces deux races n’a pu défendre son indépendance. Elles ont été tour à tour maîtrisées par les chevaliers de l’ordre teutonique, par les Polonais, par les Suédois, par les Russes, de plus dominées sans cesse par les Allemands. Il en a été à peu près de même de la Courlande. Je ne crois pas qu’il existe dans les annales du mon entier un tel exemple de passivité. A travers leurs différentes phases historiques, ces peuplades primitives ont conservé un caractère, une langue et des souvenirs à part. Leur tête a plié sous le joug étranger, leur esprit a gardé une forte empreinte de nationalité. Il y a là des traditions mythologiques que le christianisme n’a pu effacer, des chants poétiques qui se perpétuent de génération en génération, des superstitions naïves et enfantines implantées au foyer de la famille, des coutumes qui ont la touchante simplicité des temps anciens. Nous avons nous-même étudié les vestiges de cette poésie populaire si originale et si variée des Lettes et des Finnois, au bord du golfe de Bothnie et près, de Torneo. Nous nous bornerons aujourd’hui à suivre le voyageur allemand, à indiquer les principaux traits de mœurs des populations qu’il visite, leurs progrès industriels et leur état social.

Les mœurs des Lettes sont surtout remarquables par leur nature primitive et candide. Les Lettes sont les frères des Lithuaniens, mais il y a entre ces deux tribus, sorties d’une même souche, une grande différence. Autant les Lithuaniens sont vifs et fougueux, jaloux de leurs privilèges, intrépides défenseurs de leur liberté, autant les Lettes sont doux et pacifiques, soumis au maître qui les gouverne, et résignés à leur destin. Ils occupent les bords de la Dvina, le sud de la Livonie et une partie de la Courlande. Leur pays est pauvre, mais cultivé avec soin, partout où il est réellement cultivable. En certains endroits, il produit du chancre, du lin, de l’orge ; dans d’autres on ne trouve que des landes arides des marais fangeux et des bouleaux. La nécessité, mère de l’industrie, a appris aux Lettes à employer utilement cet arbre infructueux : avec les feuille ils fabriquent de la teinture et de la potasse, avec l’écorce des vases et des corbeilles ; des rameaux ils tirent un suc âcre et rafraîchissant, et ils emploient le tronc et les branches à faire toutes sortes de meubles. Leurs habitations ressemblent à celles des Finlandais. Elles se composent d’un corps-de-logis principal, et d’une demi-douzaine de petites cabanes en bois qui ont toute une destination particulière. Leurs vêtemens sont faits d’étoffe de laine grossière ou de peaux de mouton. Ils construisent eux-mêmes leurs maisons, façonnent leurs charrues, leurs meubles, tissent et taillent leurs vêtemens ; car, dans les vastes campagnes qu’ils habitent, il n’y a point d’ouvriers proprement dits ; les paysans doivent faire tour à tour, selon les besoins du moment, le métier de charron, de charpentier, de tailleur et de cordonnier comme dans les pâturages rocailleux de l’Islande. Toutes les maisons sont dispersées à travers champs et éloignées l’une de l’autre. Les habitans d’un district, les membres d’une