Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/776

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et n’obtinrent rien ; une autre à Pétersbourg, et ne furent pas plus heureux. Ils se révoltèrent, et la puissance de la baïonnette les fit rentrer dans la soumission. En 1802, ils se révoltèrent de nouveau ; ils avaient à leur tête un homme intelligent et énergique qu’on appela le Napoléon lette. Ils furent encore une fois vaincus et forcés de courber la tête sous le poids de leurs cruelles institutions.

Cependant, de côté et d’autre, un vif intérêt s’éveillait en leur faveur. Des écrivains dépeignaient en termes touchans la longue et profonde misère de ces milliers d’hommes, condamnés, depuis un temps immémorial, à servir comme des bêtes de somme aux caprices de la noblesse. Le cœur d’Alexandre en fut ému. Il nomma une commission chargée de réformer cet état de choses. L’agitation perpétuelle de l’Europe pendant quinze ans, la lutte qui s’engagea entre la France et la Russie, retarda encore ce projet d’affranchissement des serfs. En 1817, il fut enfin mis à exécution. Tous les serfs des provinces furent divisés selon leur âge en plusieurs classes ; un quinzième de chaque classe devait être affranchi chaque année. En 1831, le dernier quinzième a reçu sa liberté. Tous les paysans ont passé de l’état de serfs à celui de fermiers. Ils ont un contrat avec leurs maîtres, et peuvent, à l’expiration de ce contrat, quitter le sol qu’ils occupent pour porter ailleurs leur industrie.

Voilà ce que la Russie a fait pour la population primitive des provinces de la Baltique, et elle l’a ainsi subjuguée mieux qu’elle ne le fut jamais par les rigueurs d’un gouvernement ombrageux et les canons de ses soldats. Lorsque Alexandre se rendit à Mittau après avoir proclamé son ordonnance d’affranchissement, il put voir lui-même, par les témoignages de reconnaissance que lui adressaient les serfs, délivrés de la glèbe, par le respect et la confiance qu’exprimaient leurs regards et leurs paroles, quel immense ascendant il venait d’acquérir sur ces pauvres et honnêtes tribus d’affranchis. Voyons maintenant quelle est la position de la RUssie à l’égard des autres parties de la population, et quels progrès elle a faits parmi elles.

On petit diviser ainsi les divers élémens dont cette population se compose : les cultivateurs, les paysans, les pâtres, sont généralement Esthoniens et Lettes. La classe la plus distinguée, la classe des nobles, des grands propriétaires, des riches marchands, des gens lettrés, des principaux artisans, est presque tout entière allemande. Les petits marchands, les ouvriers de bas étage, les cabaretiers, sont juifs. Il y a çà et là des Suédois, des Lithuaniens, et un petit nombre de Bohémiens. La classe la plus industrieuse, la plus active, qui s’insinue de tous côtés, qui entreprend toute espèce de commerce et de travaux, est russe. La population entière des trois provinces s’élève à un million et demi d’habitans. Dans la Courlande, il y a mille habitans par mille carré ; dans la Livonie, huit cents ; dans l’Esthonie, sept cents. Sur mille habitans, on compte environ neuf cents Esthioniens et Lettes, cinquante Allemands, trente Russes ; le reste est Suédois ou juif. La proportion des nobles aux autres classes de la population est environ d’un sur cent. Les nobles sont exempts de toute charge, de tout impôt. Dans la Courlande, les gens de la petite noblesse jouissent