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Connaîtront désormais ton nom italien,
Et tu seras un but dans leur pèlerinage.
Les plus tendres de cœur à Rome apporteront
Quelques fleurs des landiers pour réjouir ton front :
Mais là-bas, près des mers, sous ta sombre chapelle,
Fête-les au retour, bon saint, et souris-leur
Quand sur ton humble autel ils mettront une fleur
De la ville éternelle.

La Lettre à un Chanteur de Tréguier, écrite sur le chemin de Rome, est une des excellentes pièces du volume Il parait que les poésies en langue celtique que M. Brizeux a composées, et qu’on chante dans le pays, avaient été quelque peu falsifiées et remaniées : c’est le sort de toute poésie populaire. Mais notre poète, qui est au fond très civilisé et très probablement de la postérité de Callimaque et d’Horace, ayant appris le méfait, s’en fâcha, et écrivit de belle encre cette charmante lettre au chanteur du cru, pour le féliciter à la fois et le tancer, pour le remettre au pas et lui donner des conseils. Je ne puis que citer la pièce tout entière, parfaite de style, de ton et de pensée :


LETTRE A UN CHANTEUR DE TREGUIER.

Comme je voyageais sur le chemin de Rome,
Iannic Coz, une lettre arrivait jusqu’à moi ;
On y parle de vous, brave homme,
Des chanteurs de Tréguier vous le chef et le roi.

« Grace à Jean, disait-on, sans tes vers point de fête.
Aux luttes, il les chante ; il les chante aux Pardons ;
Et le tisserand les répète,
En poussant sa navette entre tous ses cordons.

Mon Sonneur les sait mieux que matines et laudes ;
Pour Iannic le chanteur, ce malin Trégorreis,
Il t’a dû bien des crêpes chaudes,
Bien du cidre nouveau pour rafraîchir sa voix. »

Voilà ce qu’on m’écrit et j’ai tressailli d’aise :
A moi le bruit, à vous le cidre jusqu’au bord ;
Sur un seul point ne vous déplaise,
Beau chanteur, mon ami, nous serons peu d’accord.

Certain libraire intrus sous sa presse maudite
A repétri pour vous et travaillé mon grain ;
Mon cœur de barde s’en irrite ;
Moi-même dans le four j’aime à mettre mon pain