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Et dans le sang clair de sa mère
Ses rayons brillent épurés.

Jadis une vague marine
A déposé là ce castel,
Il tient ferme sur sa racine,
Pour empêcher la fuite au ciel.
Dans la cité profonde et noire
Un pacte unit tous les sujets ;
Comme un étendard de victoire,
Le nuage flotte aux sommets.

Une immense foule se pousse
Vers le seuil du donjon fermé ;
Chacun d’une voix tendre et douce
Appelle le roi bien-aimé.
Tous par lui se sentent revivre,
Il les captive et les confond,
Et dans l’ardeur qui les enivre
Ils ne savent plus ce qu’ils font.

Quelques-uns pourtant dans le nombre
Craignent ses dons comme un fléau,
Et travaillent au sein de l’ombre
A miner l’antique château.
Le travail lève le mystère
Et rompt seul son banc redouté ;
La roche se creuse et s’éclaire
Du soleil de la liberté.

Il n’est abîme ni muraille
Que l’homme ne puisse forcer ;
Qui du bras et du cœur travaille,
Poursuit le roi sans y penser ;
Il l’arrache enfin à son trône,
Il ameute esprits contre esprits,
Il apprend au flot qui bouillonne
A jaillir vers les cieux conquis.


Ces lieds sont de Novalis, et nous les citons de préférence, attendu qu’ils traduisent la pensée et le sentiment qui animent à ce sujet les XVe et XVIe siècles, et témoignent de ce penchant rétrospectif qui porte le lyrisme moderne, en Allemagne, à remonter les courans pour aller se retremper à la véritable source. Goethe donne ici l’impulsion, le mouvement, le rhythme, pareil au chef d’orchestre sou-