Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/885

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que les libraires italiens s’entendent pour former à Paris un entrepôt de leurs livres, et pour faire connaître rapidement en France, et dans le reste de l’Europe, tout ce qu’on imprime d’important sur l’histoire et sur l’érudition, en ne se bornant plus, comme on l’a fait jusqu’à présent, à envoyer ici des Dante, des Pétrarque et des Arioste ; car il y en a déjà une telle quantité, que les bouquinistes même en sont encombrés.

Bien qu’en apparence éloignées de notre sujet, ces considérations préliminaires nous ont semblé utiles, soit pour montrer quelle est la condition des écrivains en Italie, et quels sont les obstacles qu’ils doivent surmonter, soit pour nous ménager une sorte d’excuse dans le cas où nous aurions négligé des ouvrages que la difficulté des communications aurait empêché de parvenir jusqu’à nous. Il résulte aussi de l’état politique de l’Italie, qu’il est impossible de présenter l’ensemble des publications qui, souvent dans des vues fort différentes, se font dans les diverses parties de la Péninsule. Il faudra donc que le lecteur se résigne à nous accompagner dans notre excursion irrégulière où nous nous arrêterons çà et là, à tout ce qui nous semblera digne de remarque.

Il n’existe peut-être pas de pays qui puisse être comparé à l’Italie pour le nombre des chroniques et des travaux historiques de toute espèce dont elle a été l’objet. Du temps des républiques, chaque petite localité tenait à l’honneur d’avoir ses chroniqueurs, et de lutter, avec les municipalités rivales ou ennemies, de hauts faits, de légendes miraculeuses, et d’anciennes et fabuleuses origines. Plusieurs de ces chroniques sont écrites avec une vivacité et une simplicité admirables. Soit qu’elles nous racontent les voyages aventureux de Procida, qui préludait aux Vêpres siciliennes par la pratique de la médecine, soit qu’elles nous disent comment Rienzi, fils d’une blanchisseuse, ayant reçu un jour un soufflet d’un noble, imagina, pour se venger, le rétablissement de la république romaine, en les lisant on croit assister aux scènes dont elles nous ont conservé le souvenir, et, à travers une foule d’erreurs et de choses inutiles, l’on s’introduit dans la connaissance des mœurs du temps, beaucoup mieux qu’en étudiant les ouvrages plus savans sans doute, mais moins simples et moins naïfs, qu’enfantait au XVe siècle l’imitation des classiques. Dans le siècle suivant, l’histoire politique s’éleva à la plus grande hauteur sous la plume de Machiavel ; mais ni lui ni ses contemporains ne sen-