Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/895

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autre ouvrage qui d’abord a semblé exciter une sorte d’enthousiasme, c’est l’Encyclopédie historique du professeur Cantù. L’auteur, encore fort jeune, a publié un grand nombre de livres : romans, essais historiques, critique littéraire, tout est sorti de sa plume avec une facilité vraiment merveilleuse. Cette facilité nous semble avoir nui à M. Cantù, qui, sans se donner le temps de se préparer à un projet si gigantesque, s’est éveillé un beau matin avec le projet de publier une Encyclopédie historique, composée de vingt gros volumes de texte, avec au moins un nombre égal de volumes de notes et de documens. Dans une sorte d’introduction-manifeste, qui parut il y a trois ans, M. Cantù exposa le plan de cette histoire universelle, et, pour faire bien comprendre au public l’opportunité et la nécessité de l’ouvrage qu’il annonçait, il fit une espèce de revue de tous les historiens qui l’avaient précédé. Dans cette revue, il se bornait à dire en quelques lignes qu’Hérodote, Thucydide, César, Tite-Live, Tacite, Plutarque, Machiaval, Sarpi, Hume, Gibbon, Robertson, Montesquieu et cent autres que M. Cantù a soin de nommer un à un, ne méritaient nullement l’admiration que la postérité a vouée à leurs œuvres : celui-ci était trop prolixe, cet autre un froid compilateur, le troisième un esprit borné ou un déclamateur, et ainsi de suite. Si M. Cantù se fût préparé à écrire un traité de botanique ou des recherches sur les ophtalmies, un manifeste de cette nature n’aurait eu d’autre inconvénient que de donner aux lecteurs quelques préventions contre le médecin et le naturaliste qui allait ainsi, sans nécessité, s’attaquer aux plus illustres écrivains de tous les siècles ; mais publier de telles critiques au moment où l’on va faire paraître un livre d’histoire, annonce un courage surhumain, et que l’on serait presque tenté de qualifier d’une autre manière. Après avoir lancé son manifeste, M. Cantù s’est mis à l’œuvre avec une activité prodigieuse ; les livraisons se sont succédées comme par enchantement, et l’on doit vraiment regretter qu’une telle ardeur, que le talent incontestable dont l’auteur a fait preuve jusqu’ici, n’aient pas été mieux dirigés. Si Leibnitz revenait au monde, il se garderait bien de songer à composer une histoire universelle, complète et développée ; et M. Cantù, qui est étranger aux sciences, qui ne s’est pas occupé des langues orientales, et qui écrit des volumes comme un autre ferait des sonnets, s’est imaginé de pouvoir doter l’Italie d’une histoire universelle, où, depuis Confucius jusqu’à Montézuma, et depuis la poésie orientale jusqu’à la géologie et au droit, tout doit être exposé, traité et discuté avec détail. Aussi, qu’arrive-t-il ? Forcé de copier aveuglément tel ou tel écrivain qu’il