Page:Revue des Deux Mondes - 1841 - tome 27.djvu/903

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rait, et le consulta sur le parti qu’il avait à prendre. On formait alors la garde constitutionnelle que l’assemblée nationale prétendait affecter à la défense du monarque ; des officiers poitevins, et notamment M. Henri de Larochejaquelein, du même âge que Gaston, lui avaient proposé d’y entrer avec eux. Le marquis y consentit ; mais il voulut voir le roi et lui demander lui-même la faveur de mettre son fils à son service. Louis XVI les accueillit avec bonté, parla des affaires présentes, parut rassuré sur ses dangers, et permit au jeune officier de rester lui près de sa personne. Or, en ce moment, le roi était déjà prisonnier dans les Tuileries. Le marquis sortit du château, dévorant ses larmes. Gaston fut incorporé.

Dans le même temps le marquis passait un soir dans la rue de l’Université, où il demeurait, en habit bourgeois fort simple, car il y avait déjà grand péril pour les aristocrates, quand il fut reconnu et accosté par un homme qui l’avait suivi ; c’était son ancien sergent au régiment de Flandre, du nom de guerre de La Verdure, qu’il avait beaucoup obligé autrefois et qui lui était très attaché ; il l’avait eu pour domestique étant à l’armée, et l’avait souvent mené à Vauvert dans ses semestres. Cet homme lui montra une grande joie de le revoir, et lui demanda la permission de s’informer de sa fille et de M. Gaston qu’il avait vu tout enfant, et auquel il avait le premier appris l’exercice. Puis, le marquis l’interrogeant sur son compte, il lui dit que, sa compagnie étant désorganisée, il se trouvait pour le moment sur le pavé, sans grade et sans ressources. Le marquis fut touché, s’en prit à la révolution qui portait préjudice à tout le monde, et lui glissa deux louis dans la main ; mais, faisant réflexion qu’il avait besoin, pour son séjour à Paris et son voyage, d’un homme sûr, qui d’ailleurs ne lui serait pas inutile dans sa terre, il lui proposa de rentrer à son service. La Verdure dit qu’on lui donnait l’espoir d’entrer dans des bataillons de nouvelle levée où les anciens soldats avanceraient rapidement, et qu’il voulait encore tenter la fortune, mais qu’il avait un frère, honnête garçon, dont la position n’était pas meilleure, et qu’il serait content de présenter à monsieur le marquis.

Il le lui amena le lendemain ; c’était son frère aîné, un peu mûr déjà, d’un air simple et dur, mais franc et honnête. Cet homme s’appelait Mainvielle, qui était le nom véritable de La Verdure. Il ne déplut pas au marquis, lequel d’ailleurs le prit de confiance sur les recommandations de son ancien sergent En effet, M. de La Charnaye n’eut qu’à se louer de lui durant son séjour à Paris ; sa prudence, sa discrétion, le détournèrent de tout accident, et lui sauvèrent la vie