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cher le banc seigneurial de l’église, il fut remplacé aussitôt ; le curé disait toujours la messe, et les paysans en armes entouraient l’autel. Bien des gens encore ne croyaient pas à la mort du roi ; il ne fallait qu’une étincelle pour mettre le pays en feu.

La convention annonce pour le 10 mai la levée en masse de trois cent mille hommes. On sonne le tocsin. Les paysans s’arment, s’assemblent, et chassent les maires et les gendarmes ; neuf cents communes se soulèvent sous M. d’Elbée. Le 11 mars, les jeunes gens convoqués à Saint-Florent pour tirer à la milice dispersèrent les autorités ; Cathelineau se mit à leur tête et emporta Jallais, Chemillé, Chollet. On arracha Bonchamps et d’autres anciens officiers de leurs châteaux ; on les prit pour chefs. La Basse-Bretagne et le centre du Bocage se soulevèrent à leur tour. On s’empara en cinq jours de Vihiers, Challans, Machecoul, Légé, Palluau, Saint-Fulgent, les Herbiers, Laroche-sur-Yon, et l’insurrection victorieuse s’étendit dans toute la province.

Comme on prenait les armes de toutes parts autour de Vauvert, la paroisse était dans une grande fermentation, mais le marquis refusait de se prêter à de misérables tentatives, qui ne pouvaient qu’aggraver les maux du pays. Gaston, que ces rumeurs de guerre faisaient bouillonner, était allé à Clisson, chez M. de Lescure, voir où en étaient les choses. Il avait assisté, chemin faisant, aux armemens de plusieurs paroisses, qui l’avaient rempli d’impatience et d’enthousiasme. Il rencontra en revenant une troupe de ses paysans armés de pioches, de fourches, qui couraient à Vauvert fuyant les recruteurs. L’un d’eux lui dit : — Est-il bien vrai, monsieur Gaston, que nous ne marcherons pas avec nos frères de Clisson ? — Oui, oui, mes amis, dit Gaston, nous marcherons. — Les paysans poussèrent des cris de joie, entourèrent Gaston et le ramenèrent en triomphe.

Cependant les gens de Vauvert s’étaient rassemblés en tumulte dès le matin dans la cour du château. Le marquis demande ce que c’est. Une députation des plus notables monte auprès de lui. On lui expose comme quoi les paysans sont résolus à mourir en combattant plutôt que de quitter leurs femmes, leurs enfans, leur pays, pour obéir à la loi de la conscription. Ils font valoir l’exemple des paroisses voisines, leurs succès, la nécessité de les seconder, et ils pressent le marquis de se mettre à leur tête. Le marquis hausse les épaules, en disant qu’il se ferait conscience de mener à la boucherie de pauvres gens sans armes et sans discipline. Les paysans reviennent tristement porter sa réponse, qu’on accueille avec des vociférations ; le désordre