Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/107

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soient placées dans les temples, où elles seront suspendues révérencieusement comme marque de ma reconnaissance pour la protection de la déesse. Respectez cet ordre. »

Cependant les six millions de piastres étaient pavés, ainsi que les indemnités stipulées pour les négocians dont les maisons avaient été pillées pendant que la populace était maîtresse des factoreries. Une somme de 125,000 francs avait été généreusement exigée par M. Elliot pour les propriétaires du brick espagnol le Bilbaïnana, brûlé par les Chinois, qui l’avaient pris, disait-on, pour un navire anglais ; le fait est que ce bâtiment se livrait au commerce d’opium, et que ce fut là la cause de sa destruction. L’île d’Hong-kong n’avait pas été mentionnée dans la capitulation, et, comme nous l’avons vu, le plénipotentiaire anglais en prenait possession au nom de son gouvernement, faisant aplanir des terrains, tracer des rues et bâtir des prisons. L’armée chinoise s’était retirée des environs de Canton les commissaires impériaux étaient censés ne plus habiter la ville ; de leur côté, les chefs de l’expédition anglaise avaient retiré leurs troupes, et les navires de guerre étaient sortis des eaux intérieures de la rivière ; ils avaient repassé le Bocca-Tigris ; les forts qui défendent ce passage avaient été rendus aux Chinois, avec défense d’en relever les fortifications. Les choses se retrouvaient donc à peu près dans le même état qu’après la rupture des négociations avec Keschen.

Mais la confiance commerciale avait reçu un rude échec ; le danger qu’on venait de courir devait naturellement éloigner les négocians étrangers des factoreries de Canton. Les édits publiés par les autorités chinoises et par l’empereur lui-même étaient peu faits pour rassurer ; la reprise des hostilités était imminente ; il y eut un moment de stagnation pour le commerce étranger ; les eaux de la rivière de Canton ne furent plus sillonnées que par des jonques chinoises, qui recommencèrent à circuler pour ainsi dire aussitôt que la fumée des canons se fut dissipée, tant est grand chez ce peuple le besoin de l’activité, ou plutôt tant la nécessité du travail est pour lui impérieuse.

Quel effet cependant avait produit à Pékin la nouvelle des événemens de Canton, la ville la plus riche peut-être de l’empire, l’entrepôt de tout le commerce étranger ? On ne peut dire cette fois que la vérité ait été tout-à-fait dissimulée par les autorités chinoises de la province ; pour s’en convaincre, il n’y a qu’à lire quelques passages du rapport qu’elles firent de la lette qui conduisit au rançonnement de la ville. L’événement était, d’ailleurs, trop grave pour qu’on pût un seul instant songer à le cacher ; ce n’était plus la perte d’un fort défendu par les troupes provinciales, c’était une armée tartare repoussée, chassée de la ville qu’elle était venue défendre. Toutefois les autorités chinoises purent rester encore dans les limites de la vérité en mêlant un cri de triomphe à leurs aveux de défaite. La rivière de Canton était redevenue libre, le blocus n’existait plus ; on avait pavé une rançon, il est vrai, mais on représentait cet acte comme un fait commercial, et nous verrons tout à l’heure que les hanistes étaient chargés d’en faire les frais. Enfin, malgré le coup terrible qui venait d’être porté au prestige attaché jusque-là aux invin-