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maison de leur village. Heureusement il n’y avait dans cette partie de l’île aucun mandarin ; ils cachèrent soigneusement leurs noms, et, moyennant une vingtaine de mille francs qu’ils promirent à ces pauvres gens, ils furent ramenés à Macao, où ils arrivèrent couverts de haillons, après avoir passé toute une journée couchés sous des nattes au fond du bâtiment qui les transportait. Pendant cette périlleuse traversée, une jonque mandarine accosta la petite embarcation qui portait cette charge si précieuse, et fit au patron quelques questions insignifiantes. Avec quelle avidité l’officier qui la commandait ne se serait-il pas précipité sur cette proie, s’il eût su qu’à quelques pieds de lui les deux plénipotentiaires anglais, les deux yeux, pour me servir d’une expression chinoise, de l’expédition, étaient pour ainsi dire enchaînés et à sa merci ! Les deux officiers durent, à leur retour à Macao, rendre à la Providence de ferventes actions de graces : elle venait de les sauver d’un affreux danger.

A la fin de juillet, l’escadre anglaise était réunie à Hong-kong. Quelques renforts étaient venus se joindre à elle dans le courant du mois ; on parlait vaguement de son prochain départ pour la côte nord de la Chine. Les maladies, ce qui était toujours arrivé quand l’armée avait été tenue au repos, commençaient à décimer les troupes. Les autorités chinoises avaient annoncé que le commerce était rouvert à Canton ; mais, comme on savait que de nouvelles fortifications s’élevaient de toutes parts, les étrangers ne se rapprochaient de la ville qu’avec défiance, les marchands européens ne trouvaient d’ailleurs pas d’acheteurs. Les Chinois ne demandaient pas mieux que de vendre, afin de se rembourser des sommes qu’ils venaient de payer, mais ils ne montraient pas la moindre disposition à acheter. Le découragement s’emparait de la communauté étrangère, et l’horizon paraissait à tous plus rembruni que jamais.

Cependant la nouvelle du traité préliminaire signé dans le mois de mars par M. Elliot était arrivée en Angleterre ; l’opinion whig l’avait accueilli comme un triomphe, quoique le gouvernement en désapprouvât hautement les conditions ; les organes de l’opinion tory, au contraire, crièrent presque à la trahison. La polémique commençait à s’engager vivement sur ce terrain, quand on apprit que M. Elliot avait été trompé par Keschen, et que ce même traité, dont les clauses étaient la cause du débat, n’avait été qu’un piège tendu à sa bonne foi. Dès ce moment, les deux partis se réunirent pour brimer d’un commun accord la conduite du plénipotentiaire anglais, et M. Elliot fut sacrifié.

La nouvelle de la nomination d’un nouveau plénipotentiaire, sir H. Pottinger, et d’un amiral destiné à remplacer dans le commandement des forces navales le commodore sir Gordon Bremer, qui avait partagé la disgrace de M. Elliot, arriva en Chine dans les premiers jours d’août 1841, et, le 10 du même mois, sir H. Pottinger et l’amiral sir W. Parker débarquèrent à Macao après un voyage de soixante jours seulement.

Ces deux nouveaux agens du gouvernement britannique furent accueillis par toute la communauté anglaise avec enthousiasme. La presse, fatiguée de