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rent dans le port intérieur une grande jonque de guerre, construite sur un nouveau modèle, et percée pour vingt-six canons. Cette circonstance n’est pas sans quelque intérêt, en ce qu’elle prouve que les Chinois ne sont pas aussi opposées qu’on le croyait à des innovations utiles.

Trois jours après la prise d’Amoy, la ville fut évacuée par les Anglais, qui allaient voler vers d’autres conquêtes ; il eût fallu y établir une forte garnison, et on allait avoir besoin de toutes les troupes de débarquement. Un détachement de quatre cents hommes fut cependant laissé sur la petite ’île de Ko-long-so, qui, située à très peu de distance des murailles de la ville, la domine et ferme le port. Quelques canons placés sur une hauteur parurent suffire pour tenir en respect les pacifiques habitans d’Amoy. L’île de Ko-long-so est très bien cultivée, comme toute la terre qui, en Chine, est susceptible de culture ; elle a un mille et demi ou deux milles de longueur, sur une largeur d’environ un mille. Les Anglais trouvèrent à se loger confortablement dans les maisons d’un village abandonné par les habitans.

A Amoy, à Ko-long-so, comme partout où avaient pénétré les troupes anglaises, le pillage le plus affreux eut lieu, sans qu’on puisse dire cependant que les conquérans y aient pris une part active. A peine les mandarins s’étaient-ils retirés, que la populace, organisée en bandes de pillards, s’était répandue dans toute la ville, et, quand les Anglais y entrèrent, ils trouvèrent déjà les Chinois à l’œuvre ; la présence des Européens sembla à peiné les arrêter. On assure qu’au moment même où les soldats anglais entraient dans la ville d’Amoy, ils virent une grande quantité d’habitans qui s’enfuyaient chargés de lourdes bûches. On sut après que ces bûches creusées contenaient le trésor public. Si le fait est vrai, il prouverait que les Anglais ne montrèrent pas dans cette occasion la perspicacité qui les distingue ordinairement.

Amoy est une ville importante. « Un quai de près de deux milles de longueur, dit M. de Rosamel, d’où partent de belles chaussées en pierre de taille pour faciliter le débarquement à mer basse, était bordé de mille jonques de toutes grandeurs. Sur l’île de Ko-long-so, au moment de l’occupation, de nombreuses constructions maritimes étaient en activité. Une idée grossière de bassin de carénage avait même été mise à exécution, et une jonque de trois à quatre cents tonneaux y était en réparation. La rade est vaste et aussi sûre qu’on peut le désirer ; les plus gros vaisseaux pourraient mouiller dans les nombreux bras de mer qui séparent les îles. » Amoy était naguère l’entrepôt d’un très grand commerce ; c’était aussi l’arsenal maritime de la Chine. On comptait beaucoup sur le retentissement que la prise de cette place aurait à Pékin ; on espérait que la résistance de l’empereur en serait ébranlée. Malheureusement l’évacuation de la ville donna lieu aux autorités chinoises de tromper encore une fois le cabinet de Pékin ; cette évacuation toute volontaire, car pendant trois jour les Anglais s’étaient promenés paisiblement dans les rues d’Amoy, produisit un très mauvais effet. Les mandarins revinrent aus-