Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/149

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séjour dans les régions parlementaires. Nommer député un petit fonctionnaire, c’est couronner une capacité problématique et enflammer une ambition certaine.

On a aussi reproché aux électeurs de trop concentrer leurs choix sur des gens peu connus hors du rayon où ils vivent, et de transformer en députés de la France des hommes qui avaient peu l’habitude de porter leurs regards au-delà de leur clocher. Ici, plus encore que pour les fonctionnaires, c’est aux mœurs politiques qu’il faut s’adresser, car la loi ne saurait rien réglementer sur ce point. Nous ferons un nouvel appel à l’intérêt même du corps électoral, et nous lui remettrons en mémoire ce que demandent ceux qui veulent changer la loi organique de 1831. Ils demandent que la nomination de tous les députés se fasse au chef-lieu de chaque département. Ils disent que dans les circonscriptions électorales, telles que la loi les a faites, l’intelligence des intérêts politiques ne pénètre pas, et qu’il faut donner pour théâtre aux élections des villes importantes, afin d’élever et de généraliser les sentimens et les idées du corps électoral. C’est aux électeurs à répondre par des faits, à montrer que dans les arrondissemens électoraux les questions politiques sont prises en grande considération, et que le génie de la localité n’y règne pas sans partage. Notre organisation sociale a fait aux intérêts locaux une part importante : ces intérêts sont représentés dans les conseils municipaux, dans les conseils d’arrondissement, dans les conseils généraux. Là est leur légitime empire. La chambre des députés est une sphère différente et plus élevée. Toutefois nous ne prétendons pas qu’il doive être interdit aux intérêts locaux d’y présenter leur requête et d’y introduire plusieurs de leurs mandataires. Une chambre où les intérêts locaux n’auraient pas d’organes ignorerait une partie des besoins du pays. Ces intérêts sont appelés à concourir à l’ensemble du bien général. Tout dépend de la mesure. Mais, même au point de vue des intérêts locaux, les électeurs feront mieux d’accorder leur confiance à des capacités élevées qu’à des esprits étroits qui n’auraient que du zèle.

On peut jusqu’à un certain point s’adresser aux lumières du corps électoral comme on s’adresserait aux lumières d’une assemblée po- litique. Dans le corps électoral s’associent la propriété, l’industrie, l’intelligence. Le corps électoral nomme directement les députés ; il n’y a point d’intermédiaire entre lui et ses représentans : en rapport, en contact avec eux, il connaît intimement leurs principes, leur conduite. Cette constitution de l’électorat lui donne une influence directe et puissante sur la marche des affaires. Tous les trois