Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/151

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1839, les partis et les hommes que leurs principes et leurs espérances plaçaient en dehors de la constitution de 1830, cherchaient dans le mouvement d’une élection générale un moyen de propagande. A ces prédications ardentes ont succédé aujourd’hui la circonspection, la modestie, le silence.

S’il y a de l’animation quelque part, elle est plutôt dans les rangs du parti conservateur. Il a la conscience de sa force, et il veut garder la prépondérance que depuis 1839 il a su reconquérir. Aussi les écrivains qui se font les organes de ses intérêts électoraux ont le verbe haut et vif. Conservateurs, leur disent-ils, prouvez par votre active persévérance, par votre ferme accord, par l’indépendance et la dignité de vos choix, que vous ne connaîtrez jamais ni les mollesses d’une sceptique indifférence, ni les jalouses exclusions des partis étroits et violens. Nous ne pouvons qu’applaudir à ces paroles qui sont les dernières d’une brochure ayant pour titre : La Politique des Conservateurs. Mais l’auteur, qui ne s’est pas fait connaître, nous semble avoir un peu oublié dans le cours de son véhément factum cet esprit de conciliation qu’il recommande dans les lignes que nous avons citées. Il touche à toutes les questions : la situation intérieure, la politique étrangère, le ministère du 1er mars, le cabinet du 29 octobre, les fortifications de Paris, le droit de visite, le recensement, la réforme électorales les républicains, les légitimistes, l’opposition de gauche, sont successivement l’objet d’une appréciation tranchée, énergique. On ne saurait refuser à l’écrivain le mérite de la franchise. Défenseur décidé du ministère du 29 octobre, il en justifie la politique sur tous les points ; il poursuit ses adversaires avec passion, parfois avec injustice. Nous ne savons si la brochure produira tout l’effet qu’a dû s’en promettre l’auteur. Comme moyen d’attaque, comme cri de guerre, elle est trop longue et promène la discussion sur trop de points ; d’un autre côté, ceux qui y chercheront un jugement impartial, approfondi, sur la situation et les hommes, pourront être choqués par la verve incandescente de l’écrivain, et parfois seront tentés de lui dire : Citoyen, voyons votre pouls.

Ce n’est pas au reste sur la politique intérieure que nous nous trouverons en désaccord avec l’auteur. Nous pensons, comme lui, que depuis douze ans de grands progrès ont été accomplis dans notre pays pour sa vie morale et matérielle. L’énumération de toutes les lois et de tous les actes qui ont concouru à cette amélioration serait longue. Au surplus, la France se rend bien compte de toutes les conquêtes qu’elle doit à la dernière révolution ; aussi nous la voyons en ce mo-