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remplissage de cailloux liés avec de l’argile. Les temples ne sont guère mieux construits. Une partie seulement des murs est en grès, le reste est en briques. Cette négligence et cette mesquinerie sont de sûrs indices du déclin de l’art. Des édifices aussi mal construits, dans un pays où la violence des pluies tropicales est une cause active de destruction, ne peuvent être fort anciens. Le goût étranger y dénature d’ailleurs le style national. Les ordres grecs et le plein cintre romain se mêlent aux lianes sévères de l’architecture égyptienne. La sculpture rappelle bien celle d’Égypte et de Nubie. Cependant l’exécution est très inférieure, les types de physionomie et les vêtemens diffèrent, et l’on voit même sur un bas-relief une représentation indienne. Tout se réunit donc pour faire donner à ces monumens un âge assez récent.

M. Cailliaud décrivit ces ruines. On posséda alors tous les monumens de style égyptien. C’était beaucoup ; mais, tant qu’on ne lisait pas l’écriture hiéroglyphique, on risquait de se tromper sur leur destination et sur leur époque ; on ne pouvait tirer aucun parti de ces représentations sans nombre qui les couvrent et qui semblaient promettre tant de découvertes à celui qui serait assez heureux pour les comprendre. C’était le pas qu’il fallait faire sous peine d’être arrêté tout court.


II

L’homme ne sait pas ignorer. On avait déjà tenté plusieurs fois de lire les mystérieux caractères de l’Égypte ; le jésuite Kircher prétendait en avoir retrouvé la clé ; il voyait en eux les symboles d’un culte satanique et y découvrit tous les démons de la cabale ; il exposa ses idées avec une assurance et un luxe d’érudition qui firent de nombreuses dupes ; il ne craignit pas même d’abuser de son crédit jusqu’à citer à l’appui de ses rêveries des auteurs qui n’existèrent jamais, Deguignes croyait que les Chinois étaient une colonie égyptienne et expliquait, comme Needham, les hiéroglyphes au moyen de leur écriture. D’autres ne virent dans ces caractères que des signes relatifs aux travaux rustiques ou à l’astronomie. Court de Gébelin faisait dériver des hiéroglyphes les lettres de l’alphabet. Bref, chacun avançait son hypothèse avec le plus parfait aplomb, sans se permettre le moindre doute.

Zoëga, le savant archéologue du siècle passé, vit bien qu’on n’é-