Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/317

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Quand on pense à tous les inutiles efforts tentés pour déchiffrer les hiéroglyphes, et aux difficultés des découvertes de Champollion, on ne peut s’empêcher d’admirer son génie. Ce n’est point ici un coup de fortune : c’est par un siège en règle et non par une surprise qu’il est devenu maître de la place ; il lui fallait, pour réussir, la vivacité d’intuition et la patience, le désintéressement, qui lui permit de critiquer ses propres idées, la souplesse d’esprit, pour les quitter au besoin et en chercher de nouvelles, une persévérance à toute épreuve et point d’obstination. Il devait avoir cette imagination fertile en expédiens qui devine toutes les ressources cachées dans les faits connus pour en atteindre de nouveaux, et non pas cette imagination commode qui se préfère aux faits et dont on avait si bien usé dans ces recherches ; la hardiesse des procédés et la circonspection, une méthode irréprochable et une tactique agressive sans témérité ; c’est seulement ainsi qu’on mène à bien une découverte. Champollion dut changer plus d’une fois de chemin : son sentier se perdit souvent, comme il arrive dans les montagnes, où se fit mauvais et fut croisé par mille autres qui semblaient meilleurs. Il sut toujours voir quand il devait quitter sa route, ou poursuivre malgré les apparences.

Champollion, qui illustrait son pays, y trouva des détracteurs. Les faiseurs d’hypothèses étaient inconsolables de se voir enlever les hiéroglyphes, le plus beau de leurs biens ; d’autres dépits moins innocens expliquent aussi des attaques qui ne valent pas la peine d’une réfutation. Champollion aura sans doute commis quelques erreurs, il a pu se décider trop tôt sur quelques points ; mais, en donnant le premier l’exemple de la méthode à suivre, il a donné à chacun le moyen de vérifier ses opinions, de réparer ses fautes, de compléter son œuvre. On comprend mieux que les Anglais lui aient contesté la priorité de ses découvertes et l’aient revendiquée pour Young. Cette dispute a fait grand bruit dans le temps ; elle est jugée tout à l’avantage de Champollion. Il suffit de dire que des six principes de Young le Précis des Hiéroglyphes en réfutait quatre, en modifiait un cinquième, et, quant au dernier, le docteur Tychsen de Göttingue l’avait établi avant Young et Champollion. Cette découverte inespérée promet les plus beaux résultats. Elle n’est pas complète sans doute, elle ne le sera peut-être jamais tout-à-fait ; mais elle est déjà très avancée, elle fera sûrement encore des progrès, et, au point où elle se trouve, elle donne les moyens de lire tous les noms propres et en grande partie les papyrus des momies et les inscriptions des temples et des palais de l’Égypte.