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mirdites, montés sur leurs rapides coursiers, conduisent souvent des tchetas.

Au midi de ces chaînes élevées commence un nouveau district, celui de la Toskarie, qui semble avoir été la plus anciennement peuplée des quatre Albanies. La capitale de cette province est Berath ou Belgrad (la blanche cité), qui doit être l’Albanopolis de Ptolémée, la Parthenia de Polybe, et dont les Athéniens semblèrent traduire le nom quand ils appelèrent Parthénon la forteresse de Minerve. Siége d’un pacha et d’un archevêque grec, entourée de vignobles et d’oliviers, Belgrad contient dans sa partie basse sept à huit mille habitans. Sa forteresse, située sur un haut et pittoresque rocher, semble être la clé de voûte de toute l’Albanie, car elle unit ou isole à son gré les deux capitales du nord et du sud, Skadar et Janina. Mais, quoique réputée imprenable, elle ne pourrait, tenir long-temps à cause du manque d’eau, de l’excessive étendue de son enceinte et d’une montagne qui la domine, et d’où l’ennemi la pulvériserait aisément avec de l’artillerie. L’influence grecque, hostile aux Mirdites latins, se montre déjà dans cette ville ; néanmoins les Albanais mahométans y exercent une autorité absolue, ils forcent même les femmes grecques à ne marcher dans les rues que les mains croisées sur la poitrine, et en portant le iachmal et le feridchi, voile et manteau des musulmanes.

La province de Toskarie est nommée aussi Mousaché, du nom du fameux héros Mousa [1], de même que la Mirdita s’appelle en slavon Skanderie, du nom de Skanderbeg. D’intimes rapports unissaient autrefois les deux pays ; des rejetons renégats du sang de Skanderbeg gouvernèrent pendant trois siècles le Mousaché, jusqu’à ce qu’en 1820 le dernier d’entre eux, Ibrahim, visir de Berath, périt par les mains d’Ali à Janina. Aujourd’hui encore les kolbans, bouviers mirdites, conduisent leurs grands troupeaux de bétail sur les plateaux de leurs anciens alliés toskes.

Ce pays ne communique plus avec l’Europe que par un seul port, Avlone ou Vallona, ville célèbre dans l’histoire des croisés normands, qui lui donnèrent pour prince un membre de la famille française des Balsichides. Ses masures, moitié turques et moitié vénitiennes, abri-

  1. Nous devons contredire ici M. Pouqueville, qui, dans son Voyage en Grèce, tire le nom de Mousaché de la ville grecque de Mouseion, crue par lui la cité des Mosches, la Moschopolis actuelle. Mousaché est une dénomination moderne ci postérieure à la destruction de Mouseion.