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dées. On ne parla plus de Carle que comme du premier peintre vivant. Pour lui, qui ne savait ni lire ni écrire, la critique se mit en émoi ; les plus malveillans le comparèrent à un mauvais peintre qui s’appelle Rubens ; les moins apologistes déclarèrent qu’il avait plutôt trouvé une belle ligne que le divin Raphaël. Carle Vanloo, en homme raisonnable, n’écoutait ni les uns ni les autres, sous prétexte qu’il n’avait pas de temps à perdre. Il croyait, comme beaucoup de bons esprits, qu’une belle figure vaut mieux qu’une belle théorie. L’Académie le rechercha et l’appela à elle pour un Apollon écorchant le satyre Marsyas ; qu’il fît en se jouant de lui-même et de l’Académie.

S’il n’écoutait pas la critique des gazetiers, il écoutait les conseils de ses élèves. Diderot raconte qu’il payait quelquefois la sincérité de ceux-ci de ceux-ci d’un coup de pied ou d’un soufflet ; « mais, le moment d’après, et l’incartade de l’artiste et le défaut de l’ouvrage étaient réparés. » Tout le monde lui faisait fête, les grands seigneurs et les grandes dames, les hommes et les femmes d’esprit : Diderot l’appelait sa bête de génie, Mme Geoffrin l’appelait son Titien. Il a peint pour elle des tableaux de chevalet d’un grand prix comme un Concert d’instrumens, une Conversation espagnole, une Lecture dans le monde. Le second de ces tableaux eut un grand succès. Mme Geoffrin présidait alors au travail du peintre ; selon Grimm, « c’étaient tous les jours des scènes à mourir de rire. Rarement d’accord sur les idées et sur la manière de les exécuter, on se brouillait, on se raccommodait, on riait, on pleurait, on se disait des injures, des douceurs, et c’est au milieu de toutes ces vicissitudes que le tableau s’avançait et s’achevait. » Il peignit la reine à diverses reprises ; Mme de Pompadour elle-même, qui était plus que la reine, daigna poser vingt fois devant lui. Cependant elle finit par se lasser. Un jour qu’il venait encore pour la peindre : — Ma foi, Vanloo, lui dit-elle un peu ennuyée, je ne veux plus poser. — Comme il vous plaira, madame la marquise, répond Vanloo ; seulement permettez-moi de venir comme si vous posiez pour tout de bon. Je vous peindrai telle que je vous verrai. Par exemple vous allez prendre du thé, voilà une très bonne séance. — De là nous vient ce joli portrait, Madame de Pompadour prenant du thé.

Carle Vanloo était aimé à ce point qu’un jour, après une maladie qui avait paru mortelle, tous les spectateurs de l’Opéra, le voyant entrer dans une loge, se levèrent et applaudirent. Un autre trait qui ne lui est pas moins honorable est un mot de Mlle Clairon. Une princesse étrangère offrit à la tragédienne, par admiration pour son