Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/555

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fâchée de le luy dire, mais que ce sort étoit à la mort. Mon grand-père lui dit tout affligé : — Quoi ! il faut donc que mon fils meure ? — Elle luy dit qu’il y avoit du remède, mais qu’il falloit que quel qu’un mourût à sa place et transporter le sort sur un autre. Mon grand-père Iuy dit : — Hé ! j’aime mieux que mon fils meure que si quelqu’un mouroit pour luy. Elle luy dit : — On peut mettre le sort sur une bête. Non grand-père luy offrit un cheval ; elle luy dit que sans faire de si grands frais un chat lui suffisoit. Il luy en fit donner un qu’elle emporta, et, en descendant, elle trouva deux capucins qui montoient pour consoler mon grand-père de la maladie de son fils unique. Ces pères dirent à cette femme qu’elle vouloit encore faire quelque sortilége avec ce chat. Elle le prit et le jeta par une fenêtre, d’où il n’étoit tombé que de la hauteur de six pieds ; il tomba roide mort. Elle en demanda un autre que mon grand-père luy fit donner. La grande tendresse qu’il avoit pour cet enfant fut cause qu’il ne fit pas d’attention que tout cela ne valoit rien, puisqu’il falloit, pour transporter ce sort, faire une nouvelle invocation au diable. Jamais cette pensée ne luy vint dans l’esprit ; ce ne fut que long-temps aprez, et il se repentoit très fort d’avoir donné lieu à cela.

« Le soir, la femme vint, et dit à mon grand-père qu’elle avoit besoin d’avoir un enfant qui n’eût pas sept ans, et qui, avant le lever du soleil, cueillît neuf feuilles en trois sortes d’herbes, c’est à-dire trois de chaque sorte. Mon grand-père le dit à son apothicaire, qui dit qu’il y mèneroit lui-même sa fille ; ce qu’il fit le lendemain matin. Les trois sortes d’herbes étant cueillies, la femme fit un cataplasme qu’elle porta à sept heures du matin à mon grand-père, et luy dit qu’il falloit le mettre sur le ventre de l’enfant. « Mon grand-père le fit mettre, et à midi, revenant du palais, il trouva toute la maison en larmes. On luy dit que l’enfant étoit mort. Il monta et vit sa femme dans les larmes, et l’enfant dans le berceau, mort à ce qu’il paroissoit. Il s’en alla, et, en sortant de la chambre, il rencontra sur le degré la femme qui avoit apporté le cataplasme, et, attribuant la mort de l’enfant à ce remède, il Iuy donna un soufflet si fort, qu’il luy fit sauter le degré. Cette femme se releva, et luy dit qu’elle voyoit bien qu’il étoit en colère parce qu’il croyoit que son enfant étoit mort, mais qu’elle avoit oublié de luy dire le matin qu’il devoit paroître mort jusqu’à minuit, et qu’on le laissât dans son berceau jusqu’à cette heure-là, et qu’alors il reviendroit. Mon grand-père revint, et dit qu’il vouloit absolument