Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/641

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zim appelle les fidèles à la prière, du haut d’une tour en ruine ; cette tour est le dernier débris qui soit resté debout de la superbe mosquée Djumna-Mesdjid ; tous ces fragmens, ces colonnes mutilées gisant dans les eaux du fleuve, lui appartenaient jadis. Pour un millier de roupies, on aurait pu cependant opposer une digue à la Djoumna, et conserver un chef-d’œuvre d’architecture musulmane.

Quittons ces décombres ; peut-être serons-nous plus heureux dans nos autres excursions. Cet homme à la mise simple, au port noble et majestueux, qui s’avance vers nous, c’est un prince hindou, le radja de Pouna, naguère riche et puissant, maintenant pauvre et malheureux. On lui a pris ses trésors, on l’a chassé de ses états au mépris des traités sanctionnés par le parlement ; il a honte de ne pouvoir nous offrir le khillat (habit de cérémonie que donnent les radjas et les naouabs). Voici le, schaa-zade (fils d’empereur), auquel l’agent anglais vient de permettre de faire une promenade sur la Djoumna. Ce dernier rejeton de ces rois qui s’intitulaient les conquérans du monde est pensionné, nourri, habillé par les fils de ces marchands qui mendièrent autrefois de ses aïeux un coin de terre au fond de leurs provinces les plus reculées. Depuis la conquête anglaise, tous ces rois de l’Hindoustan sont réduits à un état de pénurie extrême. La compagnie a dissipé leurs richesses, envahi leur territoire, et forcé les héritiers légitimes à quitter le trône pour mettre à leur place des créatures qu’elle oblige, pour ainsi dire, à opprimer les populations, afin de les préparer à passer plus aisément sous le joug britannique. Ne pouvant soutenir leur rang à cause des exigences sans fin des agens politiques placés à leur cour, et des troubles qu’ils y fomentent, la plupart de ces princes finissent par faire abandon de leurs états pour une pension annuelle reversible sur leurs enfans ; mais des chicanes et des contestations sans nombre ne manquent jamais de s’élever quand il s’agit de la payer.

J’ai vu en 1838, à Calcutta, les petits-fils de Typou-Sultan ne recevoir plus que 150 roupies par mois au lieu de 40,000 qu’on leur avait d’abord promises ; en 1840, l’héritier présomptif de la couronne de Bourdouan (radja Pertab Chand) était emprisonné et traité comme un imposteur, parce qu’il venait réclamer l’héritage de ses pères, qu’on avait donné à un de ses oncles au prix de sacrifices énormes ; c’était une restitution de plus de 100 lacks de roupies (25 millions de francs[1] que le gouvernement avait à lui faire. On ne niait pas la

  1. Le lack de roupies est de 250,000 francs.