Page:Revue des Deux Mondes - 1842 - tome 31.djvu/658

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transporter en Belgique leurs puissans moyens de production, et nous allons retrouver par là la concurrence anglaise, que nous avons cru éviter. — Mais qui ne voit combien une pareille crainte serait chimérique ? Si les Anglais transportent quelque part leurs capitaux et leurs filatures, pourquoi ne viendraient-ils pas en France même, où ils trouveraient un débouché bien autrement considérable qu’en Belgique, et où ils échapperaient à toute espèce de droit ? Cette réponse est péremptoire ; elle coupe court à toute hypothèse de résurrection de la concurrence anglaise par les voies régulières.

Reste la contrebande. On craint que la Belgique ne devienne pour les fils anglais un grand foyer de contrebande contre nous ; mais la Belgique est plus intéressée que nous encore à surveiller l’exclusion des fils anglais de son territoire. Ces fils, pour arriver jusqu’à nous, auront à traverser deux lignes de douanes. Il faut avoir l’imagination bien pleine de _fantômes pour ne pas se sentir rassuré par ce double rempart, d’autant plus que, s’il n’était pas suffisant, on ne tarderait pas à en élever un autre. Après tout, le traité n’est que pour quatre ans. Si d’ici à quatre ans l’expérience révèle quelque danger, le traité sera dénoncé, et le gouvernement français rentrera dans la plénitude de ses droits.

Soyons donc justes et reconnaissons que les intérêts de l’industrie linière française ont été suffisamment défendus. Cette industrie était débordée par une rivalité formidable, on la débarrasse de cette rivalité. Mais il ne faut pas noir plus qu’elle espère être délivrée de toute concurrence. Sans doute il serait plus commode pour elle de n’avoir aucun effort à faire pour s’assurer la totalité du marché national. Ce n’est pas là le compte des consommateurs. L’industrie linière française était menacée de mort ; on la sauve, mais à la condition qu’elle travaillera à s’étendre et à se fortifier. Pour peu que nos industriels le veuillent, ils gagneront la moitié au moins de ce que perdront les Anglais. C’est déjà un beau bénéfice. Il dépend d’eux de ne pas s’en tenir là. En améliorant, en perfectionnant leurs moyens de production, ils peuvent se mettre en état de lutter avec avantage soit contre les Belges, soit contre les Anglais eux-mêmes. Il n’y a là qu’une question de temps et de capitaux. On a le temps maintenant, puisque les Anglais sont exclus ; les capitaux doivent venir aussi par la même considération.

De leur côté, les Belges se plaignent au moins aussi haut. A les entendre, l’exception faite en leur faveur par la convention du 16 juillet leur était due, et, en bonne justice, ils ne nous devaient rien en échange. Il n’y a pas plus de raison dans ces plaintes que dans les autres. Rien pour rien, voilà la règle en fait de relations commerciales. La Belgique n’est pas aujourd’hui, à l’égard de la France, dans la même situation qu’avant l’ordonnance du 26 juin. Les fils et les toiles sont toujours frappés du même droit, cela est vrai, mais les fils et les toiles d’une autre provenance sont frappés d’un droit supérieur. Il y a deux manières d’accorder une faveur à un produit, ou en le dégrevant lui-même, ou en surchargeant le produit analogue qui lui faisait concurrence. C’est cette dernière faveur que nous avons faite aux Belges. Elle